8.5.07

And so the talking stopped

Milles bises à tous.
Peut-être à bientôt ailleurs.
Ou pas.

The End.

2.1.06

A Year in Pictures



Bye-bye 2005, hello 2006. C'est donc l'heure de mon top 10 cinéma pour l'année écoulée et ça se passe de commentaires :

1 - Before Sunset, de Richard Linklater
2 - The Taste of Tea (Cha no aji), de Katsuhito Ishii
3 - L'Autre Rive (Undertow), de David Gordon Green
4 - Million Dollar Baby, de Clint Eastwood
5 - A History of Violence, de David Cronenberg
6 - Mysterious Skin, de Gregg Araki
7 - Be With Me, d'Eric Khoo
8 - Conte de Cinema (Geuk jang jeon), d'Hong Sang-Soo
9 - Sideways, d'Alexander Payne
10 - Match Point, de Woody Allen


Challengers : The Aviator, de Martin Scorsese ; Batman Begins, de Christopher Nolan ; Blood & Bones (Chi to Hone), de Yoichi Sai ; Breaking News (Dai si gein), de Johnny To ; Closer, de Mike Nichols ; Crazy Kung-Fu (Kung-fu), de Stephen Chow ; Dig!, d'Ondi Timoner ; La Guerre des Mondes (War of the Worlds), de Steven Spielberg ; Keane, de Lodge Kerrigan ; Last Days, de Gus Van Sant ; La Main (The Hand), de Wong Kar-wai (=1/3 d'Eros) ; Moi, toi et tous les autres (Me and You and Everyone we know), de Miranda July ; Le Promeneur du Champ de Mars, de Robert Guédiguian ; Three Times (Zui hao de shi guang), de Hou Hsiao-Hsien ; Une Femme Coréenne (Baramnan gajok), de Im Sang-soo.


Framboise de Plomb du pire film de 2005 :
9 Songs, de Michael Winterbottom (resaissis toi Michael, je t'en prie...).


Bonne année, les gens.

24.12.05

2005 en musique

On a pris notre temps, on y a passé des heures de réflexion mais le Top 2005 de la Blogothèque est enfin en ligne. Je vous remets donc ici mon top 11 (mes 11 albums préférés de l’année) plus quelques petites choses.

Top 11 :

1. Bright Eyes - I'm Wide Awake, It's Morning
(Saddle Creek)

L'album de Bright Eyes est sorti il y a une éternité (au mois de janvier!), j'aurais pu l'oublier depuis longtemps ; pourtant je n'ai pas cessé de l'écouter toute l'année durant, avec un attachement sans démenti : c'est un exploit dans l'ère de l'ipod et de la musique jetable. Certains regretteront peut-être ses excès et sa fureur d'antan mais je trouve que le classicisme folk sied parfaitement aux vignettes de Conor Oberst, ce dépouillement parait plus honnête et plus risqué, les angoisses et les fêlures n'en paraissant que plus proches, plus humaines, plus touchantes.
mp3 : We Are Nowhere and It's Now


2. Okkervil River - Black Sheep Boy
(Jagjaguwar)

Peu d'albums auront imposé cette année un univers aussi singulier et cohérent qu'Okkervil River : puissance de l'imagerie dans l'écriture (fleuretant avec le gothique et le féerique), folk-rock poignant et débridé qui caresse le poil dans un sens pour mieux l'arracher (avec la peau) dans l'autre. Ecouter Black Sheep Boy, c'est se jeter volontairement, avec le sourire aux lèvres, dans un nid de ronces et d'épines. Sublime.
mp3 : For Real


3. Death Cab For Cutie - Plans
(Atlantic/Barsuk)

On le sait bien, il y a des albums auquel il faut laisser du temps. J'étais très sceptique aux 1ères écoutes de Plans, je bloquais sur quelques passages un peu flan. Et puis il s'est enraciné sur la platine et dans ma tête, l'album s'est imposé petit à petit, exposant sa cohérence thématique, sa beauté romantique, sa tristesse endeuillée, un sentimentalisme assumé mais jamais mièvre, une humilité et une humanité qui me bouleversent. Il parle à mon âme, ce disque.
mp3 : Crooked Teeth


4. The National - Alligator
(Beggars)

La mention de Tennessee Williams dans l'une de leurs chansons n'est peut-être pas innocente : Alligator est effectivement un album cyclothymique à la dramaturgie tourmentée, tout en tensions, en frustrations, en torsions contrariés sur le point de céder, évoluant de fracas cathartiques en relâchements vénéneux. On savait The National doué et prometteur mais la réussite d'Alligator dépasse toutes mes attentes.
mp3 : All The Wine


5. The New Pornographers - Twin Cinema
(Matador)

Ils ont beau être les maîtres absolus du genre en ce moment, la power-pop des New Pornographers a toujours cultivé un certain paradoxe à mes oreilles : c'est un modèle d'indie-pop ultra-accrocheuse et trépignante mais aussi très exigeante, épaisse, assez longue à décortiquer et à digérer. Dans un sens tant mieux, l'ambitieux Twin Cinema se déguste sur la longueur, nouveau meilleur album d'un groupe qui s'améliore sans cesse et atteint des sommets.
mp3 : Twin Cinema


6. Stars - Set Yourself On Fire
(Arts & Crafts)

Stars, c'est une musique ardente imprégnée de romantisme, un feu d'artifices d'émotions, une fraîcheur et un charme de tous les instants, des arrangement riches mais subtils, une voix masculine et une autre féminine aussi merveilleuses que complémentaires. Stars, c'est un peu comme si les Delgados étaient Canadiens et avaient acheté un synthé. Stars, c'est une certaine idée du bonheur en fait.
mp3 : Ageless Beauty


7. Sleater-Kinney - The Woods
(Sub Pop)

Les trois filles de SK ont pris des risques pour leur 7ème album, collant Dave Fridmann à la production et osant des morceaux plus longs qu'auparavant et aux structures moins linéaires, plus aventureuses. Pari réussi : The Woods est un album de rock "agressif" qui secoue toujours méchamment la table mais qui n'oublie pas non plus d'être ambitieux et imposant.
mp3 : Entertain


8. Wolf Parade - Apologies to the Queen Mary
(Sub Pop)

Il y a dans Apologies... une urgence, une sauvagerie irrésistible, un joyeux bordel à l'état brut que l'on ne retrouve que dans les premiers albums les plus réussis. Les quelques maladresses ou excès font alors partie intégrale de son charme, de toute façon balayés par des morceaux furieusement accrocheurs et frénétiques. Seule fausse note : après un démarrage si explosif, la suite sera forcement périlleuse pour WP.
mp3 : You Are A Runner and I Am My Father's Son


9. Spoon - Gimme Fiction
(Matador)

Ce qui renforce mon admiration de départ pour Spoon, c'est une section rythmique d'une habilité captivante et chavirante : Gimme Fiction s'appuie sur un rock plutôt classique pour mieux jouer des variations de rythme ou bien des répétitions, imposant des ambiances fascinantes en jonglant avec le surplace et les ruptures. Le tout est un modèle d'intelligence et de cohésion. Vainqueur aux points dans ma catégorie "album-à-écouter-au-casque-lors-de-mes-déambulations-en-ville" (tous droits réservés).
mp3 : I Turn My Camera On


10. My Morning Jacket - Z
(ATO)

Là aussi, on part d'un rock plutôt classique (circa 60's cette fois, plusieurs morceaux lorgnent du côté des hymnes rock des Who) et aux réminiscences country mais qui, à force de solos, de digressions et d'arrangements insolites, finit par se transformer en fantaisie métissée : un peu comme si Wilco avaient volé les crayons de couleur des Flaming Lips. Et encore un album dans lequel il faut persévérer avant d'être récompensé.
mp3 : Off The Record


11. Black Mountain - Black Mountain
(Jagjaguwar)

J'ai transformé mon top 10 en top 11 uniquement pour pouvoir l'inclure. Je n'ai pas encore écouté les autre groupes du prolifique Stephen McBean (Jerk with a Bomb et Pink Mountaintops) mais son collectif Black Mountain est une vraie révélation, prouvant qu'on peut encore faire de l'acid-rock sans virer dans la parodie, en croyant au psychédélisme sombre, tantôt percutant, tantôt planant. Et chaque intervention vocale d'Amber Webber est puissamment envoûtante.
mp3 : Druganaut


Challengers :
Architecture in Helsinki - In Case We Die, Art Brut - Bang Bang Rock’n’Roll, Laura Cantrell - Humming By The Flowered Vine, Electrelane - Axes, Hood - Outside Closer, Rogue Wave - Descended Like Vultures, Sigur Ros - Takk, Sufjan Stevens - Illinois, Super Furry Animals - Love Kraft


Flop Albums 2005
Je suis certain qu’il doit y avoir pire ailleurs mais les cinq disques suivants sont ceux qui m’ont le plus exaspéré cette année :
Athlete - Tourist
The Bravery - The Bravery
Cocorosie - Noah's Ark
Coldplay - X & Y
Mercury Rev - The Secret Migration


Albums déceptions 2005
Je les ai attendu, attendu mais finalement ils ne m’ont pas plu :
The White Stripes - Get Behind Me Satan
Broken Social Scene - Broken Social Scene


Albums les plus surestimés de 2005 (vainqueurs ex-æquo) :
Bloc Party - Silent Alarm
Broken Social Scene - Broken Social Scene


Concerts de l’année :
Arcade Fire, Nouveau Casino
13 & god, Café de la danse
Green Day, Zénith
The National + Flotation Toy Warning, Café de la danse



PS : Bonnes fêtes à tous !

4.12.05

Sing Me Spanish Techno

Mine de rien, le concert des New Pornographers qui a eu lieu vendredi soir était un mini événement : après 3 albums et près de 9 ans d'existence, c’était seulement la première fois qu’ils se produisaient à Paris ; c’était donc déjà en soi une raison suffisante d’y être. Si on rajoute à ça que leur récent Twin Cinema est un de mes albums préférés de l’année, ça en faisait un concert diablement excitant.
Avant ça, il y avait deux première parties, puisque la soirée était initialement dédié au label Beggars : les français de Go Go Charlton qui ont assumé crânement le remplacement de Calla (dommage pour l’annulation, je voulais vraiment les revoir), puis l’electronica-folk de Minotaur Shock, qui est parait-il très bien sur disque mais dont la transposition sur scène ne fonctionne pas du tout (perso, dans le même genre, je préfère mille fois Four Tet), finissant par assoupir toute l’assemblée.
Du coup, quand les New Pornographers montent sur scène, il est déjà 21h30 et ils ne joueront qu’une grosse heure. Ca sera le seul point noir d’un set implacable, joué pied au plancher en forme de best-of live passant en revue la quasi-totalité de leurs meilleurs morceaux (au moins mes préférés : The Laws Have Changed, The Bleeding Heart Show ou encore Letter from an Occupant). Les absences prévisibles de Dan Bejar et de la chanteuse Neko Case ne furent même pas préjudiciables, les parties vocales de cette dernière étant parfaitement assurées par la claviériste Kathryn Calder, avec candeur et un charme certain (Kathryn, je t’aime). Tout cela manquait peut-être d’un peu d’imprévu mais l’efficacité était là, indéniablement. Je ne cesse d’ailleurs de m’étonner que ces surdoués ne soient pas déjà devenus des superstars mondiales tant leur power-pop la-la-boum-boum parvient à être à la fois recherchée ET accessible. Dans le genre, actuellement, peu de personnes peuvent prétendre faire mieux qu’eux.
Pour ceux qui ne connaissent pas, il y a des mp3 chez Matador.
Et pour tout le monde, Mélanie a publié ses photos du concert sur sa page Flickr (avec de superbes photos de pieds : respect).


Hors-sujet (malgré la beauté de la transition) :
Cela fait déjà plusieurs semaines que Pierrot m’avait demandé de participer à sa "grande enquête sur les films les plus érotiques de l’histoire de cinéma". Ouch, cela me posait plusieurs problèmes, les plus handicapants étant que 1) mon peu de temps de cerveau disponible était déjà tout droit tourné vers l’établissement de mes tops de fin d’année et 2) je réalisais tout d’un coup que l’érotisme, même pris au sens large comme ici, a rarement été mon sujet de fascination premier au cinéma (car je suis un pauvre petit garçon pudique et asexué, comme chacun sait). Néanmoins, devant les assauts répétés de Pierrot et son insistance dépassant allégrement (et même plus) les limites de l’indécence humainement acceptable (elle est bizarre cette phrase), je fini aujourd’hui par rendre les armes et dresse enfin la liste tant réclamée.
Il y a plusieurs raisons d’être consterné par le résultat : historiquement, c’est peu pertinent, seuls 2 films sont antérieurs aux années 90 (ça doit révéler quelque chose sur mon moi profond mais je ne sais pas quoi, appelons vite Freud). Ensuite, je ne suis pas sûr d’avoir vraiment respecté les règles du jeu ; si tous les films ont bien un rapport, même étroit, avec une sensualité/sexualité hypertrophié, certains doivent surtout leur présence ici au fait qu’ils sont déjà sur ma liste virtuelle de mes films préférés de tous les temps. Mais bon, c’est ma liste donc je fais ce que je veux, na.
Je n’ai pas malheureusement pas le temps de faire de commentaire sur chaque film cité donc juste un mot sur Les Proies, le chef d’œuvre de Don Siegel avec Clint Eastwood, le seul de la liste que j’ai vu étant enfant ; je devais avoir, quoi, 10 ans à ce moment-là et j’avais été marqué à jamais par son ambiance sexuelle étouffante et traumatisé tout autant par l’une des scènes finales (celle de la "scie à métaux", ceux qui l’ont vu comprennent très bien de quoi je parle). J’aurai mis quinze ans avant de le revoir et de retrouver sa force et son ambiguïté parfaitement intactes comme au 1er jour.
Donc voici la liste. Il y aurait pu en avoir plus ou moins mais à l’arrivée, il y a 12 films (classement chronologique) :

Un Tramway Nommé Désir (A Streetcar Named Desire, Elia Kazan, 51)
Les Proies (The Beguiled, Don Siegel, 71)
Exotica (Atom Egoyan, 94)
The Doom Generation (Gregg Araki, 95)
Crash (David Cronenberg, 96)
Boogie Nights (Paul Thomas Anderson, 97)
Lost Highway (David Lynch, 97)
Velvet Goldmine (Todd Haynes, 98)
Eyes wide shut (Stanley Kubrick, 99)
In The Mood for Love (Wong Kar-wai, 2000)
Intimité (Intimacy, Patrice Chéreau, 2001)
The Brown Bunny (Vincent Gallo, 2003)


(Alerte star hier soir : Bernard Giraudeau mangeant une pomme, rue du Faubourg St-Honoré. Eh ouais).

1.12.05

You Are What You Love



Le mois de novembre est déjà fini et je n’aurai presque rien écrit. Il y avait pourtant de quoi faire ; par exemple au cinéma, le mois fut dense.
Il y a eu des incompréhensions manifestes. Les Amants Réguliers, le dernier film en date de Philippe Garrel (le premier que je vois de lui, pour sa défense), célébré par toute l’intelligentsia critique : esthétiquement magnifique mais aussi creux qu’une pub Calvin Klein (une pub qui durerait trois heures tout de même, avec des garçons bien habillés qui fument et contemplent les murs pour bien montrer qu’ils sont paumés) ; d’autant que si le film n’a rien à dire, les trois quarts des dialogues ineptes sont techniquement inaudibles : le souci du détail sixties peut-être. Ou encore Trois Enterrements de Tommy Lee Jones, présenté comme un chef d’œuvre et en fait petit film sur la rédemption, inoffensif, pas très subtil et déjà vu ailleurs en mieux ; le vrai problème demeure les prix cannois hors sujet, Barry Pepper y est plus impressionnant que TLJ et le scénario de Guillermo Arriaga y recycle paresseusement (et sans raison valable d’ailleurs) les techniques narratives de ses précédents faits d’armes (Amour Chiennes et 21 Grammes : c’était mieux avant). Et stoppons net les comparaisons déplacées à Peckinpah, Eastwood, John Sayles ou Sean Penn (The Crossing Guard était autrement plus bouleversant).
Il y a eu une déception majeure, au regard de mon attente alléchée : Sympathy For Lady Vengeance, de Park Chan-Wook, conclusion un peu laborieuse de sa trilogie sur la vengeance. Au-delà d’un manque évident de dramaturgie et de personnages intéressants, le film confirme que Park avait déjà tout dit dans les 2 premiers volets (Sympathy For Mr. Vengeance et Old Boy), du coup sa mise en scène virtuose tourne à vide. Et je ne m’attarderais pas sur la dernière demi-heure qui en plus d’être assez ennuyeuse est moralement très discutable (bon, pas autant que la conclusion affreuse du Manderlay de Lars Von Trier mais quand même). Heureusement, qui dit fin de cycle dit début d’un autre, youpi, vivement la suite.
Il y a eu une bonne surprise (exempt de toute copinage, je précise) : Following Sean, de Ralph Arlyck (vous ne le connaissez peut-être pas mais sa nièce est mondialement connue). Bonne surprise, c’est vite dit, parce que c’est surtout un grand sentiment de tristesse qui demeure à la fin, un sentiment de perte, la fin des illusions et de l’idéal contestataire ou hippie de nos parents. Eux ont eu le droit de rêver mais nous, nous n’héritons que du désenchantement. Je ne suis pas un grand client de documentaire mais celui-ci m’a touché.
Il y a eu aussi les grands cinéastes, qui jouent dans une tout autre catégorie : un nouveau Cronenberg sans faute (un de plus (et j’assume tout à fait ma subjectivité)), A History of Violence, ou comment conjuguer son passé au présent et redonner enfin un grand rôle à Viggo Mortensen (14 ans après The Indian Runner, il était temps (oui, j’oublie volontairement le truc, là, avec les elfes et les anneaux...)). Il y a eu un nouveau Hou Hsiao-Hsien, Three Times, pas son meilleur, ni même supérieur au précédent mais impérial formellement, belle étude de la concordance des temps et important en tant que film somme (de l’Histoire, du Cinéma et de son cinéma).

Puis il y a deux très grands films que je n’attendais pas à tel niveau. Be With Me, du singapourien Eric Khoo, qui commence comme un simple mais beau film mutique sur la solitude urbaine et l’incommunicabilité moderne de 3 personnages et qui se permet une audace insensé à mi-parcours, une trouée documentaire audacieuse en plein milieu de la fiction en laissant une personne réelle, Theresa Chan, "conter" (avec sous-titres plaqués sur les images) sa vraie vie d’aveugle-sourde ; ça pourrait être pompeux mais c’est finalement émouvant. Ensuite, Khoo se permet de brouiller encore un peu plus la limite réel-fiction en faisant atterrir l’autobiographie de Chan entre les mains d’un personnage, pour relancer son histoire. Brillant.
Puis Conte de Cinéma, du coréen Hong Sang-Soo. Je n’étais pas totalement rentré dans les précédents films de HSS mais celui-ci oui, totalement, je m’y suis même abandonné. Le premier tiers montre un film dans le film, puis continue ensuite en suivant deux personnages sortant de la séance, possédant chacun un rapport personnel et intime avec celui-ci (lui connaît le réalisateur, elle en est l’actrice). En observant leur mal-être, en pistant les divergences et les correspondances, Hong pointe lui aussi la perméabilité entre cinéma et vie, réel et fiction.

Si Conte de Cinéma et Be With Me me touchent autant et sont parmi les plus beaux films de l’année, c’est peut-être parce qu’ils questionnent un sujet qui m’interpelle puissamment, celle de la mise en récit de nos existences. Potentiellement, nos vies sont toutes des contes de cinéma.



(il est affreux ce post donc, en cadeau, deux alertes stars hier : Christine Angot dans le métro, à la station Europe (et qui se jette sur les places assises, comme n'importe qui) et Paxti (oui, oui, Paxti, de la Star Ac' 3 (euh)) faisant des courses au Citadium d'Haussman. Dingue tout ça).

6.11.05

London Calling – Débriefing



Quand je suis parti à Londres, j’avais vraiment dans l’idée de concocter à mon retour une vraie, belle et longue série de posts contant mon formidable et passionnant périple (confiant, j’avais même pris avec moi mon carnet moleskine, bravant fièrement le cliché de l’écrivain voyageur avec l’écharpe volant au vent, c’est tout moi ça). Sauf que l’odyssée attendue s’est perfidement transformée une vague déambulation citadine, tout à fait plaisante à vivre au demeurant mais assez peu consistante à coucher sur le papier et sans doute encore moins palpitante à lire pour vous. Du coup, à part quelques anecdotes superflues à conter, on peut dire que je reviens les mains vides.

- La télévision anglaise est formidable. Au moins aussi passionnante que la française. A pas d’heure, on peut enfin y revoir des films honteusement oubliés et mésestimés tel que Tremors, film d’horreur subtil (j’exagère un peu, il y a au moins une bonne idée) avec de magnifiques créatures en latex qui gigotent sous terre et un Kevin Bacon des grands jours (c’est-à-dire transparent, les cheveux longs et déguisé en texan, magnifique je vous dis). Ou encore Nighwatch, un film que j’avais totalement oublié (on se demande bien pourquoi), le remake US du film danois naze, Nattevagten/Le veilleur de nuit, tous deux réalisé par le naze Ole Bornedal et ici avec le naze Ewan McGregor et le cabotin "dès-qu’il-s’agit-de-payer-les-impôts-je-fais-n’importe-quoi" Nick Nolte en flic qui à un moment s’amuse à parler un cadavre dans une morgue pour montrer qu’il compatit à son sort (si on est psychopathe, ça se tient) : mathématiquement, le résultat ne pouvait être que naze. Puisque le week-end précédait Halloween, une autre chaîne a eu la brillante idée de passer un des films de la série du même nom mais ne cédant pas à la facilité de diffuser l’original de Carpenter tel Arte (non, non, trop facile, trop conformiste), elle opta pour le 7ème épisode, celui avec Jamie Lee et son fils et tout le reste, intégralement nullissime de bout en bout : très bon choix. La palme revient quand même à la chaîne qui a eu le courage de diffuser le 1er film Asterix et Obelix (celui de Zidi) en... version anglaise ; rien que d’y repenser, j’ai encore des sueurs froides.
(Ceci dit il y a bien eu aussi Silence of the Lambs mais comme j’ai toujours trouvé le film surjoué ("the lambs, Clarice, the lambs !!"), je ne sais pas si ça remonte vraiment le niveau).

- La télévision japonaise a aussi l’air formidable. La NHK du moins, qui propose des émissions de bricolage mémorables où 3 artisans (3 !?) vous montrent comment construire... un truc, avec 2 bouts de bois bleus, 3 tubes métalliques et quelques bouchons de champagne inutiles (qui serviront à boucher les extrémités tubes métalliques, toute la beauté de l’objet tient dans ce point de détail déconcertant). Hormis la surprise des bouchons de champagne, le problème, c’est qu’en VO non sous-titrée on passe au moins un quart d’heure bouche bée à se demander ce qu’ils sont bien en train fabriquer : une antenne de télévision géante ? Un escabeau ? Une échelle de secours ? Un triple-tournebroches ? Non, c’est plus simple que ça : c’est un sèche-linge king-size (1.70 mètres de haut, 1.50 de large) ; vu les dimensions de l’objet et le prix du mètre carré au Japon, on peut légitimement penser que jamais personne ne se donnera la peine de le monter mais au moins ça valait le coup d’œil.

- Quand j’étais venu à Londres la dernière fois, il y a deux ans, j’avais cherché le Rough Trade Shop (celui de Portebello) mais sans succès. Cette fois je l’ai bien trouvé (il devait être fermé à l’époque puisque je me souvenais tout à fait avoir cherché dans cette rue), ça fait plaisir de se retrouver dans ce lieu mythique mais passé l’excitation du moment, une petite déception pointe le bout de son nez, celle de voir que le magasin est assez petit et, qu’en dehors des vinyls, son catalogue ne semble pas si bien fourni que ça (en comparaison, notre Gibert Disques n’a pas à rougir). Même Selectadisc, situé sur Berwick Street, prés de Soho, est quatre fois plus grand. D’un point vue achat, j’ai été très sage puisque je suis revenu avec seulement un cd (?!), la récente réédition UK et remasterisée du In The Aeroplane Over The Sea de Neutral Milk Hotel.

- Il y a deux ans, en prenant l’Eurostar, à l’aller, j’avais aperçu Lara Fabian. Cette année, au retour, j’ai croisé l’une de mes idoles absolues. C’est tout de même une autre catégorie.

- J'ai profité de mon week-end pour aller voir un concert de Bloc Party (+ Kaito) à la Brixton Academy. Superbe salle. Par contre, pour le concert, euh... allez lire mon compte-rendu sur la Blogothèque.

- au rez-de-chaussée de la Tate Modern, il y avait une installation créée par Rachel Whiteread, intitulée Embankment, avec des empilements de boites blanches en plastique. C’était très chouette. Vu de haut, on aurait dit des carrés de sucre.

- Certains week-ends, à Londres, on croise plus de français que de londoniens, c’est un peu nul.

- Ah oui, et aussi : je suis un photographe lamentable. Au bout de 10 mois, je me sers toujours aussi mal de mon numérique. D’un point de vue cadrage, ça peut encore être acceptable mais j’ai tellement des problèmes de lumière, de mise au point, etc. que je me demande s’il ne serait pas urgent de finir de lire le mode d’emploi (et de dépasser ainsi la page 17 et le chapitre "About The Card"). Le résultat pitoyable de mes prises de vues est visible sur Flickr. J’ai pris trois fois plus de photos que ça mais le reste est soit trop touristique, soit trop flou (mais un certain flou artistique, cela va sans dire).

- Et c’est tout.

28.10.05

London Calling – Prologue

Playlist de voyage :

Sigur RósTakk...
Death Cab For CutiePlans
Bright EyesI’m Wide Awake, It’s Morning
Rogue WaveDescended Like Vultures
The OrganGrab That Gun

Bilan : "Oh Brit-Pop, Where Art Thou ??". Pas un seul artiste britannique. Pour un week-end à Londres, ça fait tache. Mais promis, je ne l’ai pas fait exprès.
Sinon, je suis pathétique : je pars tout juste 2 jours, je n’aurai sans doute pas l’occasion de tout écouter mais la perspective de ne pas avoir au moins 10 albums différents sous la main m'angoisse au plus haut point. C’est consternant. (Apple va m’avoir à l’usure, je vais bientôt rêver d’ipod).

(Deux des albums cités plus haut sont déjà certains de figurer dans mon futur Top 10 annuel. (Appelons ça du teasing)).

27.10.05

Jeu, Set et Match


J’ai bien regardé sur ma liste de films vus au ciné en 2005 (oui, je suis le genre de personne à tenir une liste comme ça), ça devait bien faire 2 mois que je n’avais pas été suffisamment impressionné par un film pour envisager de lui laisser une place sur mon top de fin d’année (en gros, depuis Blood & Bones en août, malgré un Keane assez fort entre-temps). Je désespérais un peu donc. Le salut est finalement venu de Match Point, très grand film de Woody Allen, mini chef d’oeuvre, sans doute son meilleur depuis (au moins) le Sweet & Lowdown de 99 (et encore, je crois qu’il met à terre presque toute sa filmographie depuis 15 ans) et l'un de ses meilleurs films tout court. Woody prend des risque et part à Londres, Woody troque sa verve comique pour de l’humour noir, Woody multiplie les gros plans (des GROS PLANS ?! Chez Allen ?? Mais que se passe-t-il...) et narre en ligne droite l’ascension d’un arriviste dans la bourgeoisie londonienne jusqu’à ce qu’il doive choisir entre réussite ou amour. Le récit est passionnant, la profondeur est dostoïevskienne (c’est marqué dessus), la résolution du dilemme est scotchante et la fin est absolument fabuleuse : à l’image de la métaphore récurrente du film, j’avais un peu peur à un moment à ce qu’elle bascule du mauvais côté du filet pour un résultat conformiste mais non, Allen accomplit un contre-pied jubilatoire, pour une conclusion acerbe dont l’amoralité, l’amertume et la culpabilité sont mémorables.
Et Jonathan Rhys-meyers est parfait, mais de toute façon il a mon indulgence éternelle depuis le chef d’œuvre Velvet Goldmine. Sinon, je trouve qu’Emily Mortimer a plus de charme que "Scarlett Johansson blonde platine" (copyright L’Oreal), mais bon, ça n’engage que moi, hein.
Autre avantage du film : ça se passe à Londres, Allen filme très bien la ville et c’était surtout pilepoil dans mon humeur du moment puisque j’y vais pas plus tard que ce week-end ; ça m’a permis de faire l’inventaire de ce que j’ai à y (re)voir. Ca n’arrange pas trop mon planning de films à aller voir (j’ai du retard) mais en échange, vous y gagnerez peut-être de futurs posts la semaine prochaine. Ou pas.
London, here I come...


PS : alerte star x 2 : Jean-Marie Perrier aux caisses mardi et Francis Cabrel au rayon livres jeudi, tous les deux à la FN*C Ternes. Grandiose. (Non, je ne travaille pas (encore) à la FN*C Ternes)).

PS2 : pour les moins attentifs je rappelle que dorénavant j’assure le billet du mercredi chaque semaine sur le mp3blog de la Blogothèque. Faîtes un peu plus attention, bon sang.

23.9.05

Come Crash



3ème loi non-énoncée de la thermodynamique du film-choral à LA : ton plus beau personnage, tu laisseras sur la touche. Nouvelle preuve avec Collision (Crash, Paul Haggis, 04), film patapouf pas dénué d’intérêt mais un brin lourdaud (intentions nobles mais didactisme agaçant : le racisme, c’est mal, d’autant que Blancs ou Noirs nous sommes tous gris. Sans blague ?), qui néglige son personnage le plus intriguant, Daniel (Michael Peña), serrurier hispanique, fausse allure de voyou tatoué de partout mais vrai papa aimant. Seul personnage du film à ne peut être surchargé de casseroles psychologiques, on voudrait paradoxalement tout savoir sur lui : est-ce qu’il a fait de la prison ? Ou si ce n’est lui, c’est donc son frère ? Ses tatouages viennent-ils effectivement d’un ancien gang ? Crochetait-il les serrures comme un voleur avant d’en faire son métier ? Défonce-t-il les portes bloquées à coup de pied ? En vain, les questions resteront sans réponses ; en 4 petites scènes, Daniel est réduit à l’essentiel, à sa fonction, c’est-à-dire celle d’être le pivot de la plus belle séquence du film, celle où, alors qu’il est braqué, sa petite fille vole à son secours et dans ses bras, armée de sa cape imaginaire, invisible et bulletproof, pour protéger son père, avant l’inévitable déflagration d’un coup de revolver. Moment hors du temps et suspendu, tragédie qui diffère sa confirmation, paralysie des affects, champ des possibles dramatiques totalement éclaté qui s’étend lentement vers l’infini avant de se recomposer en un point sous le poids de la gravité, à l’aide d’une résolution aussi roublarde qu’émouvante.
La seule vraie collision mémorable du titre c’est celle-ci, les autres s’abîmeront dans l’oubli.

4.9.05

Sink or Swim

J’avais oublié pourquoi j’avais boudé son précédent Bad Boys II mais The Island m’a servi de pénible piqûre de rappel sur le "talent" de Michael Bay, dont la dégringolade dans le ridicule semble être sans limites. J’imagine que ça aurait pu être un bon film mais alors avec un autre réalisateur, d’autres acteurs et un autre scénario (à la rigueur on peut garder le titre, le budget et Steve Buscemi (voire même Ewan McGregor, qui joue toujours très bien les benêts)). Les bases de l’histoire auraient pu aboutir à quelque chose d’intéressant (la 1ère heure est maladroite mais regardable) si Bay n’était pas venu pourrir tout ça avec son aberrante vulgarité, sa manie de ne pas savoir poser sa caméra plus de 2 secondes et, cinéaste stupidement régressif, sabotant consciencieusement tout son film dans la seconde partie en faisant exploser tout ce qui lui passe sous la main tel un gamin de huit ans qui casserait tous ses jouets pour le plaisir. On a même droit à un personnage qu’on pensait naïvement disparu avec les années 90, celui de la pouffe blonde de service (Scarlett Johansson, ou du moins l’ombre de celle qu’elle était) qui, quand elle ne ralenti pas le héros, est uniquement là pour attendre son retour sur le perron de la maison et lui procurer ainsi un repos du guerrier bien mérité (phrase culte : "hum, c’est encore mieux avec la langue"). Je me souviendrais aussi longtemps du splendide revirement moral du personnage de Djimon Hounsou, mercenaire qui après avoir tué une poignée de flics innocents et mis Los Angeles à feu et à sang s’émeut finalement du triste sort d’une pauvre petite clone blonde, tout ça parce qu’il se rappelle avoir assisté à la mort de son papa lors des émeutes burkinabaises étant enfant. Grrr. Le genre de raccourci psychologique qu’on peut légitimement prendre à comme une insulte à l’intelligence.
La fin est pas mal non plus ; d'abord il y a une superbe faute de raccord où, à un moment, on peut apercevoir dans la foule un personnage censé être mort une demi-heure plus tôt. Ouais. Et donc il y a plein de gens habillés de pyjamas blancs qui courent au ralenti dans le désert en levant les bras parce qu’ils sont liiiiiiiibres. L’effet zen est saisissant, on se croirait dans un clip inédit des Polyphonic Spree et pour un peu, si c’était moins nul, on se mettrait presque à danser et à chanter et à taper dans nos mains. Mais en fait, non.
Ceci dit il y aura toujours des gens pour penser que ça soulève des questions importantes sur les dangers du clonage dans notre société mais bien sûr, me dire ça, ça serait un peu comme essayer de me convaincre que Sauvez Willy 3 est grand film politique et militant sur la protection des espèces maritimes.

- La flemme, la fatigue et plein de mots qui commencent par F m’empêchent de m’attarder pour dire tout le bien que je pense de Blood & Bones (Chi to hone, Yoichi Sai, 04) mais résumons vite en précisant que l’immense Takeshi Kitano trouve peut-être là son plus grand rôle et que l’appellation du film de drame balzacien, que j’ai lu je ne sais plus où, est entièrement justifié (c’est tout de même très très sombre). Petit détail quand même : sur Imdb, Jô Odagiri y est crédité dans le rôle de Chan-myung (le jeune poète communiste qui repart en Corée (si les sous-titrages français n’ont pas non plus fait d’erreur)). Information totalement fausse et fantaisiste (reprise par la quasi-totalité des articles disponibles) puisque pour peu qu’on connaisse un peu son visage (c’était le héros paumé du Jellyfish de K. Kurosawa) ou que l’on compare deux photos (avec le grain de beauté au menton comme point de référence), il est évident qu’il a le rôle de Takeshi (pas certain du prénom), le fils yakusa illégitime (dont la baston avec le père sous la pluie est la meilleure scène du film). Ca me fait bien de la peine de voir que même certains spécialistes du cinéma japonais n’ont pas relevé cette erreur.

- Etant plus qu’admiratif du Dark Water d’Hideo Nakata, je savais que le remake de Walter Salles serait inutile. Mais j’étais loin d’imaginer qu’il serait si nul. On devrait imposer la comparaison des 2 dans les écoles de cinéma pour montrer aux élèves comment on peut saccager un beau sujet. Plus rien ne fonctionne dans le film de Salles : mélodrame convenu (on rajoute un trauma d’enfance à 2 €) qui l’emporte sur le fantastique bâclé, besoin de tout expliciter dans le remake à mille lieux de l’ascèse narrative et de la poésie de l’original, la poignante résolution qui se transforme en boue indigeste, gaspillage éhonté d’un beau casting... On sent parfois une piste nouvelle qui aurait méritée d’être approfondie (l’ultra-moderne solitude urbaine partagée par tous les personnages) mais même ceci reste négligé. C’est une catastrophe, c’est ennuyeux à mourir et c’est une scandaleuse perte d’argent, de temps et de talent. Allez plutôt louer l’original.

18.8.05

Memorize the evening

C’est la première fois que ça m’arrive. Statistiquement, il était prévisible que ça m’arrive un jour mais j’aurai préféré que ça arrive un autre jour, sous d’autres circonstances.
Quelques jours après, ça me parait toujours aussi irréel. Je continue à observer le billet sous toutes ses coutures en me demandant où tout ça a bien pu foirer. Comme s’il allait me donner la réponse alors que je la connais déjà puisqu’il n’y a aucun mystère derrière tout ça.

Lundi soir, avec mon compère Lyric, on se rend au festival Pink & Purple Pop # 5, au Point Ephémère, dans l’espoir de voir The Organ donner son 1er concert parisien (au défaut du 1er en France, deux jours avant à La Route du Rock). On y croit fort. J’y crois fort. Neuf mois après avoir interviewé la chanteuse Katie Sketch et avoir fait de Grab That Gun l’un de mes albums préférés de 2004, j’y crois fort. Je voulais absolument les voir sur scène, c’est donc l’un des concerts que j’attendais le plus cette année. On y croit, ça va être bien. Et puis finalement pas.

Déjà, on prend notre mal en patience, on sait qu’il va nous falloir attendre plus de deux heures et assister à deux premières parties avant de voir The Organ. J’ai tout le loisir de constater que ma panoplie Van’s-jean-polo n’est pas du tout à la hauteur de l’événement branché et de ce haut lieu de la hype vestimentaire qu’est le Point Ephémère. Pas grave, je le savais déjà et j’assume crânement en adoptant ma célèbre posture nonchalante et détachée que le monde entier (et surtout les moins de 13 ans) m’envie. Tel un caméléon, je me fond alors dans la masse et passe inaperçu (comme d’habitude).

Premier groupe : Stuck in The Sound, jeune groupe français, remarqué (pas par moi) sur la dernière compil’ CQFD des Inrocks. C’est du rock énergique avec quelques accents power-pop. Si on excepte les interventions plus qu’hasardeuses entre les morceaux, le groupe fait déjà preuve de grand professionnalisme. Ca ne me foudroie pas mais c’est bien fichu, pas désagréable (mais mon pote Lyric, lui, n’aime pas du tout).

Ensuite, Lederhosen Lucil. Une fille totalement déconnectée, déguisée en Heidi des alpages autrichiens (mais elle est Canadienne) débarque sur scène avec son synthé et se lance dans un set (très) décalé d’electro-pop anglo-franco-allemande qui dérape à un moment dans le reggae-bud (en allemand, bien sûr). Très improbable mais très drôle grâce à un second degré salvateur. Il faut quand même le voir pour le croire. A un moment, elle fait une annonce comme quoi il faudrait fumer moins pour la suite parce que Katie Sketch a mal à la gorge puis elle continue son set et nous, notre bière. Quelques longueurs mais très drôle et très rafraîchissant (mais mon pote Lyric, lui, n’aime pas du tout).

Il est déjà 23h15. On se fait vieux, on baille, on s’étire, on cligne des yeux. Les filles de The Organ montent sur scène. Toutes les filles SAUF Katie Sketch. Et là, quelqu’un fait une annonce : finalement Katie Sketch est vraiment trop malade et ne pourra pas venir chanter ce soir. Je cligne des yeux, bouche bée. Mais si quelqu’un connaît les paroles des chansons et veut venir sur scène, pas de problème. Je cligne des yeux, bouche bée. Les filles commencent un morceau en instrumental puis à la fin, un type du public bondit sur scène et se lance dans une imitation d’un Ian Curtis éructant. Je cligne des yeux, bouche bée. Ensuite, pour les deux morceaux suivants (Brother et Memorize The City) une troupe de filles du public grimpent sur scène pour se lancer dans un bon vieux karaoké des familles. Je cligne des yeux, bouche bée. Conscientes du pathétique de la situation, les filles du groupe ont la présence d’esprit de s’arrêter là et le concert s’arrête. Je cligne des yeux, bouche bée. Anesthésiés, on se dirige vers la sortie comme des zombies. A l’accueil, un poivrot hurle au remboursement avant de se faire botter le cul par le videur.
On sort de là complètement sonné. Sans rancœur contre le groupe mais avec une déception, une frustration à la hauteur de l’attente. Ca n’aurait pas dû finir comme ça.
Cette sensation étrange me rappelle quelque chose que j’ai du mal à identifier. Esseulé dans le métro à la fin de mon trajet pour rentrer, Rilo Kiley dans les oreilles, cette impression de déjà-vu me frappe encore. En fait, un concert qui s’achève sur l’annulation de sa tête d’affiche que vous mourriez d’envie de voir enfin sur scène, c’est comme un premier rendez-vous avec une fille que vous n’embrasseriez pas à la fin de la soirée. Que vous l’emmeniez au restau ou boire un verre, que vous soyez loquace ou tétanisé, tout tend vers ce point culminant qui effacera tout ce qui précédait, on sait très bien que ça finira au moins par un baiser. Et non, finalement, quand vos chemins se séparent, tout ce qu’il reste est un bisou fugace sur la joue, elle est déjà loin de vous et on passe la demi-heure restante dans le métro, à rentrer tout seul comme un con, à ruminer sa déception, à maudire sa maladresse parce que cette soirée a perdu tout son sens sans cette conclusion. Et on se demande : mais pourquoi donc les filles se dérobent-elles aux baisers des garçons ?
J’espère qu’à mon prochain rendez-vous avec The Organ, elles ne se déroberont pas.
Donc, la suite de cette passionnante aventure au mois de novembre...

8.8.05

Give 'em your artificial heart

Dans un monde meilleur, on arrêterait de présenter Michael Penn à l’aide de sa fiche d’état civil (frère aîné d’un certain Sean P., mari d’une certaine Aimee M.) et on passerait plus de temps à insister sur ses états de services (20 ans de carrière, un tube college-radio à ses débuts, "No Myth", 5 albums et quelques BOF dont celle de Boogie Nights, de Paul Thomas Anderson). Dans un monde meilleur, l’estime publique de Michael Penn égalerait enfin sa solide estime critique et il vendrait nettement plus de disques. Sauf que ce n’est pas le cas et ça ne risque pas d’arriver.
Après l’excellent MP4, il a fallu attendre 5 ans pour qu’il sorte son 5ème album, Mr. Hollywood Jr., 1947, concept-album qui place ses chansons dans le Los Angeles de l’après-guerre. Un concept qui résume tout le problème de Michael Penn : cet homme n’est pas de son temps, anachronisme ambulant, proposant une pop raffinée qui doit presque tout aux Beatles. Pas assez branché pour les uns, pas assez putassier pour les autres, Michael Penn est maintenant coincé dans ce no man’s land surpeuplé de songwriters de son calibre, largué par les majors, sortant ses disques sur son propre label, condamné à recevoir plus de fleurs que de flouze, ne passionnant plus que son noyau dur de fans. Et ça me fait un peu de peine, comme pour tous les autres.
D’autant que Mr. Hollywood Jr., 1947 est loin d’être son meilleur album, un peu handicapé par son ventre mou en plein milieu, ramolli par quelques instrumentaux tassés les uns sur les autres. Mais c’est un bel album malgré tout, plein d’humilité et d’humanité, en demi-teinte, avec quelques perles mid-tempo mélancoliques. Et le morceau d’ouverture Walter Reed est l’une de ses plus belles chansons. Je l’aime bien cet album et pour le moment, j’ai envie de l’écouter tous les jours même si j’ai parfaitement conscience de ses limites.
-> mp3 : Michael Penn – "Walter Reed" (via)
-> album en streaming

* Joseph Arthur @ La Maroquinerie (29/07/05) : 3ème fois que je voyais Joseph Arthur en concert et c’est toujours aussi bien, je ne m’en lasse pas. On a toujours l’impression qu’il faut le pousser pour qu’il s’en aille (1h de concert + 1h de rappel). Je me rends compte que si j’écoute moins ses disques qu’à une époque, il lui suffit d’une chanson pour me donner l’impression de découvrir sa singularité comme au 1er jour.
-> Blogothèque : Joseph Arthur, juste après la Maroquinerie

* Pour la ressortie du classique de la Shaw Brothers La Main de Fer (Tian xia di yi quan/Five Fingers of Death, Chung Chang-wha, 73) au cinéma, les critiques ont dégainés tous les superlatifs. Sur Chronic’art, Vincent Malausa l’a opposé à La Rage du Tigre (j'en avais parlé ici), disant que Chung Chang-wha "vaut au moins quinze Chang Cheh en brochette". Hum, n’exagérons rien. S’il est effectivement plus varié d’un point de vue de la mise en scène et que le scénario surprend par ses articulations et ses continuelles relances au gré des entrées et sorties des personnages, je trouve le film très décevant dans ses scènes d’actions et qu’il manque de la profondeur et des différents degrés de lecture de La Rage du Tigre. Que Tarantino lui rende hommage dans Kill Bill ne change rien : culte d’accord, mais peut-être pas une réussite incontournable.

* Le problème est similaire pour Shaun of the Dead (Edgar Wright, 04), archi-culte en Angleterre depuis un an et qui se dégonfle un peu lorsqu’on le voit après tant de bruit et d’attente. Disons que la meilleure idée de cette parodie de films de zombie, c’est surtout d’avoir replacer l’action dans la culture des lads anglais (magnifique référence aux Stone Roses dans la succulente scène du lancer de vinyles) et d’assimiler l’apathie de ces derniers à celle des morts-vivants. Il est regrettable que la frénésie et l’originalité du film se noient lors d’un final dans le pub laborieux et décevant (d’autant plus triste si on apprécie les pubs anglais, bien sûr). Au-delà de ça, je me demande quand même si on peut encore faire quelque chose de réellement novateur avec ce genre de sujet.

* Citation du jour :
Une chanson ressemble à un rêve qu’on essaie de réaliser. Ce sont des pays inconnus où il faut s’introduire. On peut en écrire n’importe où, dans le compartiment d’un train, sur un bateau, à cheval – le mouvement aide toujours. Des gens qui ont un merveilleux talent d’auteur-compositeur n’en écrivent jamais parce qu’ils restent immobiles.
Bob DylanChroniques Vol. 1

29.7.05

The world is sick, sick (So kiss me quick)

Ca devait arriver : programme minimum durant l’été, jusqu’en septembre (ou plus si affinités).

La Guerre des Mondes (War of The Worlds), de Steven Spielberg : je suis un non-spielbergien patenté mais bon sang, je ne peux tarir d’éloges sur cette 1ère heure d’exception, l’une des plus belles de l’année, froide et sèche comme la mort, apocalypse à échelle humaine pleine de bruit et de fureur et de poussières humaines, fuite sans espoir et pétrifiante au milieu d’une humanité pulvérisée. Et même la seconde partie plus maladroite n’aura pu me faire oublier ou rabaisser cette 1ère heure d’anthologie. Excellente surprise. 4/5

A lire aussi sur WoW: - A L'ombre du 11 Septembre, article d'Emmanuel Burdeau dans les Cahiers du Cinéma n° 603 (Juillet-Août),
- le e-comic War of the Worlds publié par Dark Horse Comics

Charlie et la Chocolaterie (Charlie and the Chocolate Factory), de Tim Burton : très mauvaise surprise. Une catastrophe. Je crois que bien plus que la mièvrerie du film ou son côté moralisateur, gâteux, inintéressant, boursouflé et trop cuit, les chansons consternantes de nullité des Oompas Loompas ou son ironie factice, ce qui me peine le plus là-dedans, c’est de voir Burton se satisfaire (avec de plus en plus de complaisance) à faire son cinéma à la Burton, marque de fabrique de plus en plus ripolinée et caricature d’elle-même, esthétisme vide de tout enjeu, petit scénario riquiqui qui accomplit son chemin sans encombres, sans accidents, sans risques et surtout sans relief, cinéma totalement dévitalisé et momifié. Ci-gît Tim Burton. Un auteur s’éteint, un tâcheron s’éveille. 1/5

Eros, d'Antonioni/Soderbergh/Wong : par nature, un film omnibus, c’est bancal. The Hand, le volet de Wong Kar-Wai est un pur bijou d’érotisme nostalgique et de raffinement, condensé de la volupté et de la thématique de son auteur en une petite demi-heure ; Chang Chen et Gong Li y sont bouleversants. Dommage qu’il soit précédé d’un Antonioni piteux et d’un Soderbergh maniéré, dont la chose qui impressionne chez eux est leur pouvoir soporifique (ce qui me peine beaucoup dans le cas du maître italien, je dois bien le reconnaître). 2/5 (mais 4/5 pour The Hand)

Les 4 Fantastiques (Fantastic Four), de Tim Story : produit anonyme et superficiel soit, mais produit divertissant et coloré qui ressemble surtout à un gros pilote de série télé sur-budgetisé, avec tous les (réels) avantages et inconvénients que ça implique. L’arrogant Johnny Storm est bien esquissé, le vilain Dr Doom est bien raté mais la mention finale de la Latvérie m’a bien fait sourire et donne bien espoir pour la suite. J’espère qu’il y aura Galactus dans les futures séquelles. Je ne suis pas sûr que ça puisse beaucoup préoccuper ceux qui n’ont pas lu le comic-book étant enfant... 2,5/5

Laura Cantrell – Humming By The Flowered Vine : si on peut tomber amoureux de quelqu’un en entendant juste sa voix, alors Laura Cantrell sera la muse incontournable du 21ème siècle et de la folk-country-pop moderne (gnnn ?). Un album exquis comme le miel, à butiner sans modération. Beau, tendre, voluptueux. 4/5
-> mp3 : Laura Cantrell - 14th Street (via)
-> Album en streaming

Sufjan Stevens – Illinois : l’album le plus épais de l’année (21 morceaux, 1h15), il faut donc du temps pour le décortiquer, distinguer le banjo de la trompette, faire le tri dans les mélodies et tout ce bric-à-brac ultra-dense. Je le trouvais trop long au départ mais je commence à m’y faire. Typiquement le genre d’album ambitieux qui gagne de l’estime à chaque écoute. 4/5
-> mp3 : Sufjan Stevens - The Man of Metropolis Steals Our Hearts (via)
-> mp3 : Sufjan Stevens - Casimir Pulaski Day (via)

Alerte star : Vincent Cassel en baskets – jogging - cheveux longs bouclées un mercredi après-midi, rue de Lescot. 1/5.

11.7.05

He was hiding from the sun

Je m'extrais enfin de ma faille spatio-temporelle pour rattraper près d'un mois de retard de commentaires en tout genres. Attention, ça va aller assez vite.

- Pendant le 1er segment de Sin City, j’ai crû que j’allais partir avant la fin (ce qui aurait été une première pour moi). Rejet total. Mickey Rourke superbement buriné mais un univers dans lequel je ne rentre pas et une voix-off pénible et redondante, redoublant l’illustration ; grand moment de solitude et gros effort de concentration. Puis Clive Owen (eh eh) a débarqué avec ses converses rouges et tout s’est arrangé. Dans l’ensemble, je trouve l’exercice de style brillant même si j’ai quelques réserves sur l’idée de vouloir adapter une bd case à case (mais si on retourne l’argument, le film pose des questions passionnantes sur le découpage cinématographique). Dommage qu’une suite soit déjà prévue, ça va ôter à celui-ci un peu de sa singularité. Rodriguez signe néanmoins son meilleur film depuis l’excellent The Faculty (oui, oui, j’assume).

- Globalement, Get Behind Me Satan, le nouvel album des White Stripes a été très bien reçu. Pas par moi. Qu’ils troquent la guitare pour le piano, soit, pourquoi pas. Ca me dérange pas (du moment qu’on ne crie pas non plus à la révolution) puisque l’essence des morceaux est toujours du blues. Mais ça n’empêchait pas Jack White d’écrire des chansons qui font cruellement défaut ici. Il y a 3-4 morceaux de bien, le reste me fait penser des démos inachevées qui m’indifférent totalement. Déception du semestre, au minimum.

- Avec un humour un peu moins gras, Crazy Kung-Fu (Kung-Fu Hustle) est encore plus réussi que Shaolin Soccer. Même avec son final à la Dragon Ball Z. Ce qui définit le mieux le cinéma de Stephen Chow, c’est son extrême générosité. Et elle déborde de tous les plans ici. Ca m’a surpris moi-même de l’avoir autant apprécié.

- Je n’attendais rien du nouvel album de Coldplay. J’ai bien fait. Qu’un groupe aussi inoffensif et inconséquent puisse générer autant d’enthousiasme planétaire (et parfois de la part de gens sérieux dont je tairais les noms, par pudeur) restera sans doute pour moi l’un des grands mystères du 21ème siècle (à égalité avec la surmédiatisation du poulpe Paris Hilton, bien évidemment).

- L’Interprète, c’était honnête, Sean Penn y est formidable, il y a au moins une séquence époustouflante (celle du bus, qui malheureusement a pris une toute autre saveur depuis les événements de Londres) mais j’aimerai bien que le vrai Sydney Pollack revienne. Celui des années 70, celui qui signa les passionnants On Achève bien les Chevaux ou Les 3 Jours du Condor (ou même celui de Tootsie, soyons fou), celui qui savait choisir des sujets autrement plus excitants.

- Le concert de 13 & God au Café de la Danse était exceptionnel. J’en ai déjà parlé sur la Blogothèque.

- Je me souviens avoir vu Les Poupées Russes mais c’est à peu près tout. Je crois me rappeler que c’était sympathique mais quand même nettement moins réussi et moins frais que L’Auberge Espagnole. Et que la dernière demi-heure était très très faible. Et Kelly Reilly était de plus en plus mignonne. J’espère que Klapisch s’abstiendra d’un 3ème volet (il lui reste quelques pays à visiter), ça risquerait d’être très poussif.

- Le concert de Nine Inch Nails au Zénith faisait beaucoup de bruit, ça a heurté ma sensibilité pop. C’était tout de même efficace et puissant, malgré un set un poil trop pro à mon goût, trop carré. De toute façon, le pic avait eu lieu lors de la 1ère partie, quand les Dresden Dolls ont fait une reprise prodigieuse d’Amsterdam, à vous flanquer la chair de poule (pas un mince exploit dans cette fournaise).

- Le comic book fan qui sommeille en moi attendait beaucoup de Batman Begins. Pas déçu à l’arrivé : même si Nolan torche toutes les scènes d’actions, le film déconstruit et se réapproprie intelligemment le personnage, les tenants et aboutissants du scénario centré sur la peur s’entremêlent de belle façon en semant les germes de la future dualité Wayne/Batman, il y a de jolies surprises (Ra's Al Ghul ? Oui), le casting est plus que solide. Petite réserve : le Scarecrow aurait mérité quelques scènes en plus. A l’arrivée, c’est facilement le meilleur opus avec le Batman Returns de Burton (bien qu’il en soit l’antithèse dans le traitement réaliste). Peut encore mieux faire, c’est sûr, mais toutes les bases sont posées pour que les prochains films tabassent sévèrement.

- La semaine de mon 27ème anniversaire, j’ai bien dû écouter une bonne cinquantaine de fois la chanson Bowl of Oranges de Bright Eyes. Allez savoir pourquoi. Comme si elle détenait un secret que j’arriverai bien à percer en persévérant. Et ce court passage, qui commence par "He said I think I’m cure", je ne sais pas, il me chamboule complètement, une félûre déchirante telle une première brèche de plénitude dans un mur de souffrances. Je pourrais dire que c’est un instant de grâce de 15 secondes mais non, c’est la chanson entière qui est parfaite et qui m’émeut mais c’est précisément ce passage là qui a joué le rôle d’appat...

- J’aurais sans doute suivi Jia Zhang-ke au bout du monde (attention, jeu de mots à suivre) mais son dernier film The World (voilà) m’a laissé sur ma faim, souffrant d’un cruel déficit de dramaturgie (surtout comparé à la fin, qui parait un peu forcée du coup) et de personnages trop inconsistants. Il y a quelques belles scènes et toujours cette capacité proche du documentaire à saisir une réalité chinoise trop peu vue mais ça reste moins réussi et captivant que les précédents Platform et Plaisirs Inconnus, qui étaient d’un tout autre niveau. Mini déception.

- Mike Hodges mérite tout à fait la réévaluation dont il est la cible depuis plusieurs mois (lire le portrait de Libération). Son Get Carter (La Loi du Milieu, 71) reste l’un de mes films noirs préférés, avec un épatant Michael Caine, gangster brutal de retour pour venger son frère assassiné. Son méconnu Croupier (98) était aussi de premier choix, pas seulement parce qu’il participa à révéler Clive Owen. Son dernier film, Seule la mort peut m’arrêter (ça sonne mieux en VO : I’ll Sleep When I’m Dead) est encore un parfait film noir, épuré, sec, d’un autre âge, dégrossi jusqu’à l’os pour n’en laisser que l’errance fantomatique, poétique et désabusé de ses protagonistes. C’est une variation sur le scénario de Get Carter (un gangster/ermite en exil revient venger son frère (Jonathan Rhys-Myers), suicidé après un viol cette fois) qui se paie de le luxe de s’arrêter une fois la vengeance accomplie, alors même que toutes les intrigues ne sont pas résolues (grosse incompréhension de la part de certains spectateurs quand survient le générique). En tout cas, dépêchez vous de le voir, ça ne va pas rester en salle très longtemps et c’est bien dommage. Est-ce la peine de rajouter que Clive Owen, tout en introspection, y est encore admirable ?

- Le bilan du Fight Pod 2, c’est ici.

- Hier, j’ai vu The Fall en concert au Festival Feedback. Mark E. Smith portait une chemise bleue. Ca méritait d’être signalé, je pense.


Paf, fini. Une bonne chose de faîte.

24.6.05

Older



26 -> 27

14.6.05

First Of The Gang To Die

La vision de La Pègre, le 99ème film (eh oui, déjà) d’Im Kwon-taek, suscite au moins trois réflexions d’intérêt très divers. D’abord comment, après le précédent et splendide Ivre de Femmes et de Peinture, le distributeur Pathé peut-il honteusement oser une telle sortie limitée à 1 copie/France, qui ressemble plus à une insulte qu’à un vrai geste de générosité ? Ensuite la surprise de constater que si le film contient suffisamment de rebondissements et de péripéties pour en faire une fresque ample et lyrique de plus de 3h (l’ascension d’un homme dans la pègre sur près de 15 ans, avec en toile de fond les bouleversements politiques de la Corée du Sud), Im préfère boucler le tout en 1h37 très dense, pied au plancher, au détriment d’une compréhension totale (toute faute d’inattention de la part du spectateur est sévèrement punie), au prix d’ellipses déstabilisantes, de quelques pauses intimistes, de bastons sèches et de fulgurances saisissantes : pas toujours très réussi donc mais borderline et bancal jusqu’au bout, aux allures de diamant brut mal taillé qui lui vont plutôt bien. Et enfin la très désagréable sensation de s’être trompé d’endroit lorsqu’on va voir le film au cinéma le Quartier Latin, dans une salle d’apparence aristocratique 18ème siècle, avec dorures et tableaux aux murs, au milieu d’un public majoritairement retraité et que la musique d’ambiance d’avant séance s’avère être, anachroniquement, du... death-metal. Ouch.
Mais vivement le 100ème.

- Réussite mineure, L’Annulaire de Diane Bertrand prouve une fois de plus que dans le cinéma de genre français, ce sont ceux que l’on entend le moins qui s’en tirent le mieux ; scénario-confetti (adapté d'un livre de Yoko Ogawa, pas lu) mais belle ambiance moite, sensuelle, proche du fantastique, inquiétante étrangeté poétique et séduisante. Par contre, j’étais un peu saoulé par la musique et ses vocalises superflues ; j’étais presque soulagé de constater qu’elle était signée par Beth Gibbons (miss Portishead), qu’effectivement je n’apprécie que très moyennement en temps normal : je suis donc en accord avec moi-même, c’est bien. Mais j’avoue que le tout dernier morceau qui accompagne la fin du film est pétrifiant de beauté (mais c’est peut-être dû au dernier plan du film qui, lui aussi, est pétrifiant de beauté).

- Free Katie ? Hmm, Tom Cruise étant en train de dépasser allégrement la limite du supportable dans ses dernières interviews, oui, ça serait peut-être une bonne idée.

7.6.05

So you want to be entertained ?

The Woods, le 7ème album du trio féminin Sleater-Kinney, est absolument formidable et l’un de mes plus gros coups de cœur de 2005. C’est l’un des actes rock les plus féroces, ébouriffants, percutants, étonnants, bruyants, urgents et envoûtants de l’année. Leur punk-rock riot-grrrl regarde maintenant du côté de Lep Zeppelin, les guitares digressent (le morceau Let’s Call It Love dure plus de 11 minutes), le jeu de batterie de Janet Weiss provoque des secousses sismiques, la voix de Corin Tucker est exubérante mais le résultat final est immanquablement intense et indomptable. Le single Entertain est le parfait exemple de cette réussite totale.

MP3 : Sleater-Kinney - Entertain (via Sub Pop)

- Une des chansons de l’album s’intitule Jumpers et conte le désespoir qui pousse parfois quelqu’un à se jeter du haut du Golden Gate Bridge de San Francisco. Dans un interview pour le San Franscisco Bay Guardian, Carrie Brownstein déclare s’être inspiré pour l’écriture de la chanson d’un article paru dans le New-Yorker en 2003 lui aussi intitulé Jumpers (merci à Chryde pour les 2 liens) :

The New-Yorker : Jumpers

Malgré sa longueur, il ne faut pas s’épargner la lecture de cet article qui est passionnant, touchant et surprenant de bout en bout, qui raconte la longue et triste histoire des "sauteurs" du Golden Gate Bridge. On y apprend par exemple qu’on estime à 1200 le nombre de personnes à avoir sauté du pont depuis son inauguration en 1937, à un rythme moyen (et effarant) d’une personne toutes les deux semaines. Et vers la fin, dans le passage le plus émouvant de l’article, on apprend aussi que sourire à un inconnu dans la rue ou sur un pont peut parfois sauver une vie :

[Psychiatrist and suicide expert, Dr.] Motto had a patient who committed suicide from the Golden Gate in 1963, but the jump that affected him most occurred in the seventies. "I went to this guy’s apartment afterward with the assistant medical examiner," he told me. "The guy was in his thirties, lived alone, pretty bare apartment. He’d written a note and left it on his bureau. It said, ‘I’m going to walk to the bridge. If one person smiles at me on the way, I will not jump.’ "

- L’argument de départ de Vous Descendez ? (A Long Way Down), le dernier livre de Nick Hornby (qui revient enfin en forme après le faiblard How To Be Good), est justement celui de la rencontre fortuite de 4 paumés suicidaires en haut d’un immeuble le soir du réveillon du 31 décembre. Il y a de nombreux détails troublants qui me font penser que Hornby a aussi dû lire Jumpers. Et pas seulement parce que l’un de ses endroits préférés au monde est justement San Francisco. Hum. Par contre, je ne sais pas ce qu’il pense de Sleater-Kinney ; j’espère qu’il aime bien.

3.6.05

Star Wars 3 - George Lucas 0

On m’avait promis le meilleur de la nouvelle trilogie. Voire même, dans un bel exercice d’illusion collective, le meilleur des six (la drogue fait encore de graves ravages dans ce monde). Et sur la foi d’une bande-annonce surprenante, excitante et spectaculaire, j’avais moi aussi envie d’y croire, malgré la nullité avérée des 2 précédents.
Las, le retour à la réalité est cruel et je tombe de très haut : Star Wars Episode III – La Revanche des Sith, c’est seulement le moins pire des 3, et pas de beaucoup, sans la manière et sans éclats ; ses partisans feraient mieux d’avoir la victoire modeste vu le niveau médiocre du machin.
Le principal problème de SW3, c’est encore et toujours la mise en scène de George Lucas qui, même moins statique et grossière qu’auparavant, peine toujours à prendre de l’ampleur et qui rate systématiquement toutes les grandes scènes à faire, tous les potentiels moments d’anthologie : la bataille spatiale d’ouverture, sans vélocité ni substance, semble seulement concernée par la fascination de ses propres prouesses technologiques (un problème récurrent dans cette nouvelle trilogie, comme la course de pods de l’Episode 1) ; le massacre des Jedis est baclé en 3 minutes ; tous les combats aux sabres lasers sont ratés et brouillons, filmés en plan moyen pataud où deux bâtons lumineux s’agitent vainement, dépourvus de toute grâce, d’élan ou chorégraphie digne de ce nom. Misère.
Autres motifs de rigolade, George Lucas scénariste, dialoguiste ou directeur d’acteurs, c’est au choix, il y a en aura pour tout le monde. La séquence de la mort de Mace Windu (Jackson) suivi de l’allégeance d’Anakin est sans doute le summum du grotesque du film, bien plombé par le cabotinage excessif et le rire sardonique insupportable d’un McDiarmid/ Palpatine en roue libre. Au bout d’un moment, je me suis demandé si les meilleurs acteurs du film n’étaient pas Yoda et R2-D2 (ou alors Jimmy Smits qui n’a pas le temps de se ridiculiser). Dans un jour de bonté, j’épargnerais exceptionnellement le pauvre Ewan McGregor (qui semble surtout pressé d’en finir derrière son déguisement de Kenneth Branagh) ; mais comment ne pas s’exaspérer devant le jeu translucide d’un Hayden Christensen, trop tendre, ou d’une Natalie Portman qui n’en finit plus de surjouer péniblement de film en film (ça va mal finir pour elle...). Leur histoire d’amour n’était déjà pas crédible 2 secondes dans l’Episode 2 (souviens-vous, ces émouvantes scènes de saute-mouton dans l’herbe) mais là, elle devient carrément incompréhensible, tant l’association des deux acteurs n’accouche d’aucune alchimie, seulement d’un vide assourdissant (ce qui par conséquence, ne rend pas très crédible non plus le revirement d’Anakin vers le côté obscur...). Le tout étant enveloppé de pitoyables dialogues que même la collection Arlequin aurait renié. Morceau choisi :

Anakin : tu es belle, Padmé.
Padmé : c’est parce que je t’aime, Anakin. (Sourire niais)
A : non, c’est parce que moi, je t’aime. (Sourire niais)
P : non, moi.
A : non, moi d’abord. (Froncements de sourcils)

Argh. Et j’exagère à peine. A ce moment-là du film (une petite demi-heure), soudain conscient de la longue séance de torture qui va suivre, le spectateur a le choix entre courir tout de suite vers la sortie la plus proche (ce que ma religion m’interdit) en défonçant la porte de colère, soit s’engoncer dans son confortable siège en espérant quelques coups d’éclats miraculeux et en poussant, à intervalles réguliers, de gutturaux râles de douleurs, que vos voisins assimileront avec bienveillance comme une superbe imitation du cri de ralliement des wookies.
Ayant choisi la deuxième option, qu’est-ce qu’il reste à voir ? Pas grand-chose. Après beaucoup d’ennui dans la 1ère moitié du film (d’une insoutenable mollesse narrative) et un psychologisme opportuniste pour excuser les actions les plus stupides de ses personnages, la seconde partie, bien qu’imparfaite, remonte nettement l’intérêt ; on projettera un peu ce que l’on veut sur sa critique de la politique et du pouvoir mais l’avènement de l’Empire et le basculement d’Anakin, même sans être exploités à fond, font évoluer le film vers un tragédie plus captivante. Après un duel final Anakin/Obi-wan qui souffre d’un décor de synthèse d’une affreuse laideur, arrive enfin la conclusion de la saga qui, surprise, sont les 5 meilleures minutes de toute cette trilogie (5 minutes sur 415, ça fait peu quand même). 5 minutes réussies pas seulement parce que s’accomplit enfin le fantasme de voir la naissance de Darth Vader mais aussi parce qu’avec quelques beaux plans récapitulatifs, elles bouclent parfaitement la boucle en semant les graines de la trilogie suivante, une conclusion au parfum de "to be continued" qui retrouve le charme des serials d’antan qui faisait justement le sel de la trilogie d’origine, et que celle-ci n’a jamais su retrouver à défaut d’aventures dignes de ce nom.
Les fans seront sans doute ravis quoi qu’il arrive mais pour tout cinéphile un minimum exigeant, c’est surtout le sentiment d’un immense gâchis et d’un rendez-vous raté qu’il restera de tout ça. Mais au moins, ouf, c’est enfin fini.

(Évidemment, je cautionne aussi au mot près la critique de Cacochyme.)