Come Crash

3ème loi non-énoncée de la thermodynamique du film-choral à LA : ton plus beau personnage, tu laisseras sur la touche. Nouvelle preuve avec Collision (Crash, Paul Haggis, 04), film patapouf pas dénué d’intérêt mais un brin lourdaud (intentions nobles mais didactisme agaçant : le racisme, c’est mal, d’autant que Blancs ou Noirs nous sommes tous gris. Sans blague ?), qui néglige son personnage le plus intriguant, Daniel (Michael Peña), serrurier hispanique, fausse allure de voyou tatoué de partout mais vrai papa aimant. Seul personnage du film à ne peut être surchargé de casseroles psychologiques, on voudrait paradoxalement tout savoir sur lui : est-ce qu’il a fait de la prison ? Ou si ce n’est lui, c’est donc son frère ? Ses tatouages viennent-ils effectivement d’un ancien gang ? Crochetait-il les serrures comme un voleur avant d’en faire son métier ? Défonce-t-il les portes bloquées à coup de pied ? En vain, les questions resteront sans réponses ; en 4 petites scènes, Daniel est réduit à l’essentiel, à sa fonction, c’est-à-dire celle d’être le pivot de la plus belle séquence du film, celle où, alors qu’il est braqué, sa petite fille vole à son secours et dans ses bras, armée de sa cape imaginaire, invisible et bulletproof, pour protéger son père, avant l’inévitable déflagration d’un coup de revolver. Moment hors du temps et suspendu, tragédie qui diffère sa confirmation, paralysie des affects, champ des possibles dramatiques totalement éclaté qui s’étend lentement vers l’infini avant de se recomposer en un point sous le poids de la gravité, à l’aide d’une résolution aussi roublarde qu’émouvante.
La seule vraie collision mémorable du titre c’est celle-ci, les autres s’abîmeront dans l’oubli.
