7.4.05

The Booklovers

Le niveau culturel de ce blog étant en chute libre depuis mon précédent post, celui-ci va essayer de redresser la barre en parlant bouquins. J'attendais piteusement que quelqu'un me passe le relais pour répondre au fameux questionnaire littéraire qui circule sur la blogosphère depuis quelques temps et c'est finalement Tita qui a volé à mon secours. Un grand merci à elle de me sauver la mise et de me trouver des raisons d'écrire.
Allez hop, en piste :

1. Combien lisez-vous de livres par an ?

Le problème dans ma vie, c'est que je m'éparpille dans mille choses inutiles en même temps. Et que parmi ça, la priorité est au stock inépuisable de films à voir et de disques à écouter. Et les bouquins passent souvent après tout ça, à l'ingrate troisième position (et encore, je ne parle même pas de mes lectures diverses mais interminables sur le net). Je ne peux pas estimer mais en étant large je dirai que je dois lire entre 20 et 30 bouquins par an (sans compter les TPB de comics ou autre bds, que j'estime à 10-15). C'est peu. J'aimerai bien lire plus mais je ne vois pas bien où je trouverai le temps, c'est humainement impossible.


2. Quel est le dernier livre que vous ayez acheté ?

Ca faisait 2-3 mois que je vivais sur mes réserves et que je n'avais rien acheté mais, tandis que plein d'autres me faisaient les yeux doux, j'ai cédé récemment pour La Douleur de Manfred, de Robert McLiam Wilson et en bd le récent Superman/Batman, de Loeb & Mcguiness (ouais, j’assume). Avant ça, c'était The Midnight Eye Guide to New Japanese Film, un bel ouvrage de plus de 370 pages (en anglais, pourquoi faire simple...), consacré au cinéma japonais contemporain par les talentueux individus de l'indispensable site Midnight Eye ; je déguste page à page (Kawase ! Kore-eda ! K. Kurosawa ! Kitano ! Aoyama ! Waouh) mais ça risque vite de devenir l'un de mes ouvrages de référence (si je passe outre une énorme faute sur l’histoire du cinéma à la page 25).


3. Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?

Le Maître du Haut Château, de Philip K. Dick. Je ne suis pas très porté sur la SF habituellement mais je m'étais tellement passionné pour Ubik que j'ai rempilé. Petite déception. Le concept de départ est excitant mais accouche d'une souris, pas assez exploité à mon goût. Sinon en ce moment, je lis Nécropolis d'Herbert Lieberman, prêté par un ami qui m'en avait dit beaucoup de bien. Et effectivement, pour l'instant, c'est très bien (et très noir). Et détail super important, l'histoire se déroule au début du mois d'avril. Je dirais qu'un mot : synchronicité.


4. Listez 5 livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés.

Seulement 5 ?? Trop dur...

Bright Lights, Big City, de Jay McInerney : mon livre de chevet (si j'étais du genre à en voir un). Pour le style McInerney d'abord, attachant, prenant, passionnant, d'une fluidité remarquable, même caché ici derrière un "tu" (oui, comme chez KMS). Ensuite pour l'humour, la simplicité, la justesse, la sensibilité, l'identification et la bouleversante fêlure qui ne se montre qu'à la fin. Et parce qu'il fallait bien en choisir un parmi tous les livres splendides de McInerney (Le Dernier des Savage, c'est aussi très très grand), que celui-ci m'a ému comme rarement et que j'y reviens inlassablement.

Le Démon, d'Hubert Selby Jr : sans doute le seul livre que je n'ai jamais commencé sans absolument savoir de quoi ça aller parler. Grosse claque à l'arrivée, le lire fait l'effet d'un noeud coulant qui se resserre inexorablement autour de votre gorge. On a jamais aussi bien décrit l'écrasement de la société et la déchéance morale, sociale, d'un individu ; il y a le "style Selby" et puis il y a les autres... Je ne suis pas loin de penser que le Démon est le plus grand roman que je n'ai jamais lu.

La Fin d'une Liaison, de Graham Greene : c'est un livre qui m'a touchée profondément, pour pas mal de raisons aussi bien littéraires (la narration est remarquable et je trouve que chaque phrase est habitée) que d'autres plus personnelles. Et parce que c'est une histoire d'amour magnifique. Et parce que les toutes dernières phrases du livre sont belles à pleurer et définitives : "Oh Dieu, Vous en avez fait assez. Vous m'avez assez dépouillé. Je suis trop vieux et trop fatigué pour apprendre à aimer, laisser moi tranquille à tout jamais".

Eureka Street, de Robert McLiam Wilson : je me souviens moins des détails du livre que du plaisir incroyable que j’avais eu à le lire. Il m'en reste seulement des brides de souvenirs, un style flamboyant et riche, un humanisme enchanteur, des personnages qu'on pouvait toucher du bout du doigt, qu'on ne voudrait pas quitter, avec qui ont voudrait continuer d'aller boire des pintes au pub du coin. Et puis il y a le chapitre 9, le plus beau écrit sur le calme magique d'une ville (Belfast en l'occurrence) aux premières heures du jour. Et puis ce fameux chapitre 10, inoubliable, inattendu, qui justifie à lui tout seul la lecture du livre et qui tord les tripes : faîtes le lire à vos proches et s'ils pleurent, c'est que ce sont des êtres humains digne de compassion et d'intérêt, des gens biens qui méritent votre amitié.

High Fidelity, de Nick Hornby : presque trop facile, une évidence, un totem, tous ceux qui l'ont lu et aimé comprendront pourquoi. Bon, il y a l'identification, bien sûr, pourtant je n'aurai jamais autant de disques que Rob, ni sa culture... Mais c'est surtout que le livre fut une illumination pour moi : je n'étais pas un extraterrestre, je n'étais pas seul, cette relation intime à la musique (ou au cinéma) était partagé par d'autres, je n'avais plus à rougir de l'exigence et du criticisme que certains me reprochaient, même si ça risquait de mettre en péril toutes mes futures relations amoureuses. C'est rare de tomber sur un livre qui témoigne aussi justement d’un bon nombre de vos interrogations et vos états d'âme.


5. A qui allez-vous passer le relais (3 blogs) et pourquoi ?

Si je le passe à quelqu'un qui l'a déjà eu par une autre voie, je ne risque pas un gage ? Non ? Alors je refile le bébé à Iokanaan, sur la foi de ses longues et solides listes de lecture, à Kill Me Sarah, parce qu'il parle aussi bien de livres que de musique, et à pas.longtemps, parce que j’aimerai bien savoir ce qu’on lit quand on est expatrié.
Et puis à tous ceux qui veulent y répondre (je suis un altruiste, oui).

(Edit : les réponses sont respectivement ici, ici et ici.)


PS : j'ai pleinement conscience de l'inutilité de cette requête mais si par hasard quelqu'un avait une place en trop pour le concert (complet, grrrr, quel idiot) d'Electrelane au café de la Danse le 28 avril, je suis preneur (à un prix décent, restons sérieux) et mon sauveur se verra aussi récompenser de ma gratitude éternelle. Et d'un bisou sur la fesse (enfin, s'il est d'accord, je ne force personne).

PS2 : et sinon hier, j'ai croisé les Stereophonics, rue de la Boétie, juste avant leur séance de dédicace dans un grand magasin de disques. Oui, les Stereophonics existent encore, moi aussi ça m'a surpris...