The Hymn for the Alcohol
J'avais mentionné rapidement 2 bons films dans mon post précédent donc il faudrait que j'en dise au moins deux petits mots. Le premier, c'est The Aviator, le dernier film de Martin Scorsese. Soyons honnête, ce n'est ni son meilleur film, ni mon préféré (j'aurai bien du mal à les départager, d'ailleurs), ni un chef d'oeuvre impérissable mais après la déception que m'avait causé un brouillon Gangs of New-York, ça me fait plaisir de le retrouver plus en forme, plus à l’aise. Pas de coup d'éclat non plus ni d'inventivité particulière dans ce qui reste un biopic traditionnel (si ce n'est une longue et troublante séquence de réclusion volontaire dans la dernière partie) mais Scorsese maîtrise parfaitement son sujet sur la plan de la narration, s'appropriant brillamment une ancienne forme hollywoodienne classique (dans le bon sens du terme) en suivant à la semelle son héro à la trajectoire bigger than life, rendant le tout souvent passionnant malgré quelques petits défauts (par exemple, la représentation caricaturale de certains personnages secondaires ayant réellement existé est assez lamentable, de la transparente Kate Beckinsale en Ava Gardner à Cate Blanchett, crispante de tics et mimiques pour tenter d’imiter Katharine Hepburn). Mais la vraie surprise et réussite du film, c'est sans doute pour moi l'affirmation tardive de DiCaprio comme un grand acteur, qui m'avait assez peu convaincu jusque là et qui fait sans doute sa meilleure prestation depuis le Romeo+Juliet de Lurhmann (96 ? Déjà ? Ca ne nous rajeunit pas tout ça). S'il lui manque toujours une sorte de poids, d'épaisseur (pas seulement physique mais aussi dans la présence ou dans la densité de jeu, je ne saurais expliquer exactement), qui lui fait défaut dans les 1ères scènes, plus le film s'installe, plus son jeu se révèle incroyablement juste et impressionnant pour faire transparaître les faiblesses et névroses d'Howard Hugues. C'est peut-être dû à la direction d'acteur de Scorsese mais ça importe peu, c'est vraiment une performance remarquable.Ce poids du vécu qui leste les épaules, c'est entre autres ce qui fait le charme de Paul Giamatti, que je surveille attentivement depuis l'excellent (mais mal-aimé) Man on the Moon. Et c'est exactement ce qui ressort du splendide Sideways, d'Alexander Payne, road-movie alcoolisé où deux amis font la route des vins en Californie pour enterrer la vie de garçon de l'un. Le magnifique personnage de Giamatti, sorte de Woody Allen empesé et version californienne qui cumule les difficultés et les déceptions existentielles (divorce dont il ne se remet pas, romancier jamais publié, aucune assurance avec les filles ou pour autre chose...) est des plus touchants pour tous ceux qui ne cessent de s'interroger sur la quête de l'amour, de l'accomplissement d'une vie ou des tendres moments qui la parcourent. Quoi que son comparse, acteur de seconde zone, pétri d'assurance et qui cumule les conquêtes, ne semble pas beaucoup plus épanoui derrière son masque à l'arrivée. Au point de me demander si Sideways ne serait pas en fait un beau portrait de la grande dépression existentielle moderne. Mais dans les faits, c'est surtout une très belle comédie introspective et douce-amère, sensible et particulièrement attachante dans sa subtilité et sa véracité. J’ai la flemme d’en dire plus mais allez le voir : l'abus de Sideways est bénéfique pour la santé.
