8.10.04

Comme Une Image

(d'Agnès Jaoui)

Je m’attendais tellement à le détester celui-ci que ça me fait bizarre de dire qu’il est plutôt agréable, du moins ça se regarde gentiment, sans ennui, avec un plaisir non négligeable. Ce qui ne suffit pas à faire oublier que quelque chose cloche : le système Bacri-Jaoui commence à s’épuiser. Ou plutôt à bégayer comme un vieux bobo sénile. C’est encore et toujours la même histoire que l’on nous sert, celle de la petite bourgeoisie parisianiste (celle du cinéma français ?) et de ses hypocrisies, dénoncé avec le ton de celui qui est plus malin que les autres (mais pas trop), donneur de leçon (mais pas trop) et complaisant (mais pas trop, ne froissons pas le spectateur). Et cette histoire là, elle commence à nous saouler un peu, on l’a connaît par cœur. Comme une image est moins décevant que Le Goût des Autres mais le recyclage des personnages et des thèmes (hop on replace les cours de clarinette de Chabat par les cours de chant lyrique de Berry) indique un sévère déficit d’imagination. Il y a toujours une subtilité des dialogues, des non-dits, des petites scènes qui en disent beaucoup mais on ne peut s’empêcher d’y voir une formule gagnante trop répétée, aux figures trop systématiques (par exemple, cette façon bien besogneuse d’équilibrer les qualités ET les défauts pour chaque personnage). Agnès Jaoui est moins une réalisatrice douée qu’une talentueuse directrice d’acteurs : Bacri dévoile quelques facettes inédites en écrivain connu, tyran quotidien de sa cour et Laurent Grévil donne corps sobrement à l’écrivain que le succès transforme ; il est trop tôt pour parler de grande révélation au sujet de Marilou Berry, même si elle est à son aise. La troupe d’acteurs est irréprochable mais le principe même de ce récit choral semble calqué trait pour trait sur le film précédent, copie fade du cinéma de Sautet, si loin de l’originalité de leurs scénarios pour Alain Resnais (les excellents Smoking/No Smoking ou On Connaît la Chanson).
A la sortie d’Un Air de Famille, un journaliste s’était fait piler parce qu’il avait osé taxer le film de consensus mou. Ca pouvait être discutable à l’époque mais quelques films tièdes plus tard, c’est peut-être ce qui définit le mieux le cinéma de Bacri-Jaoui. Du coup, on ne peut que l’accueillir ainsi : mollement.