Triplette Cannoise
Un post un peu en retard, un peu bâclé, un peu courbaturé mais super cohérent sur trois films présentés en compétition au festival de Cannes 2004.
Clean, d’Olivier Assayas
Ce serait un cliché de dire que Clean est un film d’actrice mais c’est pourtant bien ce qu’il est, suivant presque sans discontinuer, du début à la fin, la trajectoire autonettoyante de Maggie Cheung, Prix d’interprétation cannois mérité. Pourtant au départ, un décalage (qui tend vers la fausseté) est perceptible entre elle et son personnage Emily, fiancée d’un rockeur démodé qui meurt d’une overdose, et qui fait tout pour décrocher de la dope pour pouvoir récupérer son fils. Voulu ou pas, toujours est-il que ce décalage ne cesse de se réduire tout le long du film, en parallèle avec la rédemption d’Emily, pour aboutir à une incarnation totale et impressionnante de la part de Maggie Cheung.
Je m’étonne que le film n’ait pas remporté le prix de la mise en scène, tant la maîtrise d’Olivier Assayas dans ce domaine est de plus en plus incontestable, épousant l‘urgence rock, en mouvement perpétuel, en phase avec les strates atmosphériques de la musique de Brian Eno. C’est ce dynamisme qui exalte le film, malgré son manque flagrant d’émotions. Comme si à force de vouloir éviter le pathos lacrymal ou les grosses ficelles du mélodrame gnangnan, il avait un peu trop gommé tout ce qui dépassait. C’est seulement vers la fin que se dégagent des moments vraiment émouvants, dans la relation d’Emily avec son fils et surtout avec son beau-père qui veut lui redonner la chance d’une vie meilleure. Dans ce rôle justement, Nick Nolte, époustouflant et bouleversant de noblesse dans l’usure de l’âge, mais qui croit en la rédemption. Il ne faut pas s’y tromper, le plus beau personnage du film, c’est lui.
Carnets de voyage (Diarios de motocicleta), de Walter Salles
Comme l’indique presque le titre, le film est inspiré des mémoires de Ernesto "futur Che" Guevara et de son ami Alberto Granado, tous deux étudiants en médecine, qui ont traversé des milliers de kilomètres en moto puis à pieds pour visiter l’Amérique du Sud en 1952. Donc oui, c’est un road-movie. D’où des péripéties pas très passionnantes mais assez agréables, ça se regarde gentiment, avec des décors somptueux mais il manque vraiment quelque chose pour avoir plus d’ampleur, le film passe à côté de son sujet en or. Passe encore le grave déficit fictionnel qui est annoncé comme tel dès le début (ce récit n’a rien d’exceptionnel, bla-bla-bla) mais le côté "récit initiatique" a plus de mal à prendre. Le film cultive bizarrement deux trames opposées : celle d’humaniser un mythe (le Che, petit-bourgeois innocent et asthmatique, bien campé par Gael Garcia Bernal) et celle néanmoins de souligner que la future légende d’Ernesto prend ses racines ici, que le voyage lui permettra de nourrir sa réflexion politique et sociale ; naïve, plaquée sur l’histoire et jouée d’avance, cette notion d’un grand homme en train de naître manque de subtilité (ces plans fixes en noirs et blancs qui insistent sur les moments importants, aïe) mais surtout de souffle : des miséreux, des malades et donc une conscience qui s’éveille ("quelque chose a changé en moi" : super...) . Je n’ai pas envie de dire trop de mal d’un film plutôt sympathique au demeurant et sincère mais la seule vocation qu’il fait naître, c’est celle de lire les livres dont il est tiré. Ca reste anodin et rappelle que le Che, en 2004, dans la société moderne, n’est plus qu’une jolie effigie de drapeaux et de T-shirts, dont le message a déteint au lavage.
Exils, de Tony Gatlif
Autre continent mais encore un road-movie (initiatique, forcément…) pour Exils, où Duris et Azabal "voyagent vers le souvenir", lui fils de pied-noir et elle fille d’immigré qui décident de quitter Paris pour découvrir Alger (via Séville et le Maroc), terre de leur ancêtres. Le souci c’est qu’avant ça il va falloir supporter 1 heure de film décousu et approximatif : direction d’acteurs faiblarde, rencontres molles, métaphores naïves (cicatrices du corps = cicatrices du passé ; la scène du verger, absolument bidon) et puisqu’on est chez Gatlif, musique gitane en veux-tu en voilà (et moi la musique gitane, bof, bof...). Les scènes exubérantes, vétustes et saltimbanques se multiplient sans que le film y gagne quoi que soit, les personnages s’agitent, crient, dansent mais ne s’épaississent aucunement. En conséquence, ce bric-à-brac instable exaspère assez rapidement…
Et arrive le Maroc, puis enfin l’Algérie, et l’artificialité disparaît. Gatlif lui-même, à l’image de ses héros, revient dans son pays après quarante-trois ans d’exil et sa mise en scène gagne en émotions, avec la sincérité d’une (re)découverte curieuse et ébahie. La douleur du déracinement et du passé devient plus palpable (impossible de ne pas céder devant la scène bouleversante d’un Duris en pleurs retrouvant l’appartement de ses parents et une boite de photos). Et le Prix de la mise en scène cannois trouve enfin une raison d’être dans une incroyable longue scène finale de transe soufie, souffle cathartique qui lave les 2 héros de leurs tourments. Joli pic fiévreux qui permet d’oublier partiellement les débuts laborieux du voyage...
Clean, d’Olivier Assayas
Ce serait un cliché de dire que Clean est un film d’actrice mais c’est pourtant bien ce qu’il est, suivant presque sans discontinuer, du début à la fin, la trajectoire autonettoyante de Maggie Cheung, Prix d’interprétation cannois mérité. Pourtant au départ, un décalage (qui tend vers la fausseté) est perceptible entre elle et son personnage Emily, fiancée d’un rockeur démodé qui meurt d’une overdose, et qui fait tout pour décrocher de la dope pour pouvoir récupérer son fils. Voulu ou pas, toujours est-il que ce décalage ne cesse de se réduire tout le long du film, en parallèle avec la rédemption d’Emily, pour aboutir à une incarnation totale et impressionnante de la part de Maggie Cheung.
Je m’étonne que le film n’ait pas remporté le prix de la mise en scène, tant la maîtrise d’Olivier Assayas dans ce domaine est de plus en plus incontestable, épousant l‘urgence rock, en mouvement perpétuel, en phase avec les strates atmosphériques de la musique de Brian Eno. C’est ce dynamisme qui exalte le film, malgré son manque flagrant d’émotions. Comme si à force de vouloir éviter le pathos lacrymal ou les grosses ficelles du mélodrame gnangnan, il avait un peu trop gommé tout ce qui dépassait. C’est seulement vers la fin que se dégagent des moments vraiment émouvants, dans la relation d’Emily avec son fils et surtout avec son beau-père qui veut lui redonner la chance d’une vie meilleure. Dans ce rôle justement, Nick Nolte, époustouflant et bouleversant de noblesse dans l’usure de l’âge, mais qui croit en la rédemption. Il ne faut pas s’y tromper, le plus beau personnage du film, c’est lui.
Carnets de voyage (Diarios de motocicleta), de Walter Salles
Comme l’indique presque le titre, le film est inspiré des mémoires de Ernesto "futur Che" Guevara et de son ami Alberto Granado, tous deux étudiants en médecine, qui ont traversé des milliers de kilomètres en moto puis à pieds pour visiter l’Amérique du Sud en 1952. Donc oui, c’est un road-movie. D’où des péripéties pas très passionnantes mais assez agréables, ça se regarde gentiment, avec des décors somptueux mais il manque vraiment quelque chose pour avoir plus d’ampleur, le film passe à côté de son sujet en or. Passe encore le grave déficit fictionnel qui est annoncé comme tel dès le début (ce récit n’a rien d’exceptionnel, bla-bla-bla) mais le côté "récit initiatique" a plus de mal à prendre. Le film cultive bizarrement deux trames opposées : celle d’humaniser un mythe (le Che, petit-bourgeois innocent et asthmatique, bien campé par Gael Garcia Bernal) et celle néanmoins de souligner que la future légende d’Ernesto prend ses racines ici, que le voyage lui permettra de nourrir sa réflexion politique et sociale ; naïve, plaquée sur l’histoire et jouée d’avance, cette notion d’un grand homme en train de naître manque de subtilité (ces plans fixes en noirs et blancs qui insistent sur les moments importants, aïe) mais surtout de souffle : des miséreux, des malades et donc une conscience qui s’éveille ("quelque chose a changé en moi" : super...) . Je n’ai pas envie de dire trop de mal d’un film plutôt sympathique au demeurant et sincère mais la seule vocation qu’il fait naître, c’est celle de lire les livres dont il est tiré. Ca reste anodin et rappelle que le Che, en 2004, dans la société moderne, n’est plus qu’une jolie effigie de drapeaux et de T-shirts, dont le message a déteint au lavage.
Exils, de Tony Gatlif
Autre continent mais encore un road-movie (initiatique, forcément…) pour Exils, où Duris et Azabal "voyagent vers le souvenir", lui fils de pied-noir et elle fille d’immigré qui décident de quitter Paris pour découvrir Alger (via Séville et le Maroc), terre de leur ancêtres. Le souci c’est qu’avant ça il va falloir supporter 1 heure de film décousu et approximatif : direction d’acteurs faiblarde, rencontres molles, métaphores naïves (cicatrices du corps = cicatrices du passé ; la scène du verger, absolument bidon) et puisqu’on est chez Gatlif, musique gitane en veux-tu en voilà (et moi la musique gitane, bof, bof...). Les scènes exubérantes, vétustes et saltimbanques se multiplient sans que le film y gagne quoi que soit, les personnages s’agitent, crient, dansent mais ne s’épaississent aucunement. En conséquence, ce bric-à-brac instable exaspère assez rapidement…
Et arrive le Maroc, puis enfin l’Algérie, et l’artificialité disparaît. Gatlif lui-même, à l’image de ses héros, revient dans son pays après quarante-trois ans d’exil et sa mise en scène gagne en émotions, avec la sincérité d’une (re)découverte curieuse et ébahie. La douleur du déracinement et du passé devient plus palpable (impossible de ne pas céder devant la scène bouleversante d’un Duris en pleurs retrouvant l’appartement de ses parents et une boite de photos). Et le Prix de la mise en scène cannois trouve enfin une raison d’être dans une incroyable longue scène finale de transe soufie, souffle cathartique qui lave les 2 héros de leurs tourments. Joli pic fiévreux qui permet d’oublier partiellement les débuts laborieux du voyage...
