The Coast Guard
(Hae Anseon, de Kim Ki-Duk)
A priori, bonne idée d'exhumer les films inédits de Kim Ki-Duk, chien fou du cinéma sud-coréen, peu distribué jusqu'à maintenant (2 films sur 10 avant celui-ci, on attend toujours Bad Guy et Address Unknown). Mais dommage, ce The Coast Guard, antérieur au beau Printemps, Eté, Automne, Hiver... et Printemps est loin d'être son meilleur, pas assez tenu et maîtrisé. L'idée de départ, qui rappelle l'humaniste JSA, promet beaucoup : un camp militaire sur la côte, proche de la frontière Nord/Sud, une faction qui doit empêcher les espions de passer et un soir le soldat Kang, tellement concerné par son boulot qu’il abat un homme au fusil et à la grenade. Sauf que l'intrus n'était qu'un badaud du coin accompagné de sa copine...
La suite pointe inévitablement l’absurdité de la situation géopolitique coréenne, la brutalité de la guerre broyant les plus faibles : la jeune fille perd la tête et erre sans but ; le soldat Kang sombre aussi dans la folie, ravagé par son acte ; une folie qui gagne la garnison, cédant à la paranoïa et s’entre-déchirant de l’intérieur sous le poids des pressions de leur position et des assauts répétés de Kang. Le film présente de nombreux points intéressants pas toujours bien développés, souffrant d’un manque de rythme évident, le scénario trop brouillon et pas assez ordonné limitant l’identification ou la compassion envers le sort tragique de ses personnages. Ca part un peu dans tous les sens sans qu’on se sente vraiment concerné...
Restent néanmoins ces moments éparpillés où l’outrance de Kim Ki-Duk reprend les rênes, où l’on retrouve le parfum délétère et troublant de L’Île ; plénitude symbolique de l’eau, poissons dépecés et la plus belle scène du film : après des abus sexuels à peine déguisés (les relations hommes-femmes sont toujours très ambiguës chez Kim) et un avortement forcé, la jeune femme ensanglantée s’immerge dans un aquarium, dont l’eau se teinte lentement de rouge. Autant de séquences où les maladresses s’effacent, et qui rappellent que lorsqu’il s’applique, Kim Ki-Duk peut être un fascinant cinéaste de la frustration, de la folie et de la cruauté. Parfois confuse et négligée, l’œuvre singulière de Kim Ki-Duk semble tout de même plutôt cohérente dans son ensemble, dont on aimerait avoir un panorama plus complet pour vraiment juger. Prochain élément de réponse dès le mois prochain avec Samaria, son dernier opus, Ours d'Argent à Berlin.
A priori, bonne idée d'exhumer les films inédits de Kim Ki-Duk, chien fou du cinéma sud-coréen, peu distribué jusqu'à maintenant (2 films sur 10 avant celui-ci, on attend toujours Bad Guy et Address Unknown). Mais dommage, ce The Coast Guard, antérieur au beau Printemps, Eté, Automne, Hiver... et Printemps est loin d'être son meilleur, pas assez tenu et maîtrisé. L'idée de départ, qui rappelle l'humaniste JSA, promet beaucoup : un camp militaire sur la côte, proche de la frontière Nord/Sud, une faction qui doit empêcher les espions de passer et un soir le soldat Kang, tellement concerné par son boulot qu’il abat un homme au fusil et à la grenade. Sauf que l'intrus n'était qu'un badaud du coin accompagné de sa copine...
La suite pointe inévitablement l’absurdité de la situation géopolitique coréenne, la brutalité de la guerre broyant les plus faibles : la jeune fille perd la tête et erre sans but ; le soldat Kang sombre aussi dans la folie, ravagé par son acte ; une folie qui gagne la garnison, cédant à la paranoïa et s’entre-déchirant de l’intérieur sous le poids des pressions de leur position et des assauts répétés de Kang. Le film présente de nombreux points intéressants pas toujours bien développés, souffrant d’un manque de rythme évident, le scénario trop brouillon et pas assez ordonné limitant l’identification ou la compassion envers le sort tragique de ses personnages. Ca part un peu dans tous les sens sans qu’on se sente vraiment concerné...
Restent néanmoins ces moments éparpillés où l’outrance de Kim Ki-Duk reprend les rênes, où l’on retrouve le parfum délétère et troublant de L’Île ; plénitude symbolique de l’eau, poissons dépecés et la plus belle scène du film : après des abus sexuels à peine déguisés (les relations hommes-femmes sont toujours très ambiguës chez Kim) et un avortement forcé, la jeune femme ensanglantée s’immerge dans un aquarium, dont l’eau se teinte lentement de rouge. Autant de séquences où les maladresses s’effacent, et qui rappellent que lorsqu’il s’applique, Kim Ki-Duk peut être un fascinant cinéaste de la frustration, de la folie et de la cruauté. Parfois confuse et négligée, l’œuvre singulière de Kim Ki-Duk semble tout de même plutôt cohérente dans son ensemble, dont on aimerait avoir un panorama plus complet pour vraiment juger. Prochain élément de réponse dès le mois prochain avec Samaria, son dernier opus, Ours d'Argent à Berlin.
