9.8.04

Le Roi Arthur

(King Arthur, d'Antoine Fuqua)

Bon, oui d’accord, je le reconnais, ça avait l'air tout pourri, la bande-annonce était minable mais comme je considère Clive Owen comme un acteur remarquable, au jeu intériorisé mais de plus en plus diversifié, j'y suis allé quand même et à ma grande surprise, ce King Arthur est tout à fait correct (oui, je sais, moi aussi ça m’étonne de dire ça). Au niveau de l'histoire, les puristes vont hurler à la trahison mais je m’en fiche un peu, ça ne me concerne pas : pas de légende avec mythes et magies ici mais soi-disant la "vraie histoire" d'Arthur (rires), qui d’après l'authentique travail d’historiens, serait en fait Artorius Castus un lieutenant romain du 5ème siècle, menant une sorte d'escouade à la 7 mercenaires composée de Lancelot, Gauvain, Galaad, etc.., qui se voit confier les missions les plus ardues par l'Empire Romain. Et là, avant de quitter la Grande-Bretagne, ils doivent justement accomplir une dernière mission pour regagner leur liberté, rapatrier une famille romaine en plein territoire des guèdes (des celtiques des bois pas si méchants menés par Merlin) pendant les méchants saxons envahissent le pays (les salauds).
Alors déjà, ce qui fait l’intérêt du film à mon avis, ce ne sont pas tant les scènes de batailles (assez rares d’ailleurs) que les moments d’attente, les phases d’inquiétude, qui prennent le temps de développer les personnages (au sein d’une histoire assez linéaire de toute façon) ou plutôt leurs dilemmes moraux : partir gagner sa liberté en allant à la mort, ne pas abandonner un peuple à une mort certaine plutôt que de s'enfuir pour survivre, les mensonges de l’église et de l’Empire. Ce n'est pas grand-chose mais ces questionnements épaississent les héros, et procurent un souffle supplémentaire à leur aventure, apportent un petit poids de tragédie. Ca permet à Clive Owen de voler chaque scène et de vampiriser le film à chaque apparition et à d’autres de donner un peu de chair à leurs personnages (surtout Ray Winstone, toujours aussi bien). La fresque arrive donc ainsi à trouver son rythme et son ton, divertissant et même pas ennuyeux, cultivant quelques valeurs morales au premier degré (l’engagement, la liberté, l’égalité entre les peuples) et se permet même quelques surprises bienvenues en continuant à s’écarter de la légende. Ce n'est absolument pas impérissable mais ça a un côté film d'aventures à l'ancienne (avec jolis décors naturels et valeurs démodées) qui pourrait lui permettre de ne pas vieillir trop mal.
Bon, honnêtement il y a aussi pas mal de défauts : les méchants saxons sont très caricaturaux avec à leur tête un Stellan Skarsgard, qui confirme qu'il est très mauvais quand il cachetonne, 2-3 scènes navrantes ou qui tombent à plat (le flash-back/trauma bien pénible), un Lancelot qui manque de charisme, une Guenièvre qui fait tapisserie (mais qui récupère de ses blessures en une nuit, robuste la petite)... Mais malgré tout cela, j'en garde tout de même un souvenir agréable (à croire que j’étais conciliant ce jour-là).
La mise en scène d'Antoine Fuqua est toujours aussi impersonnelle et flagada mais intrigue par cette façon naïve de recycler sans gêne, et par 2 fois, les grandes séquences du Alexandre Nevski d'Eisenstein. D'abord lors d'une bataille épique sur un lac gelé (la meilleure scène du film). Puis lors d'une estimable bataille finale carrément étonnante et peu hollywoodienne puisque s'étalant sur près de 20 minutes sans recourir à une seule ligne de dialogue ; pluie de flèches et ballet de corps qui s'entrechoquent, la mise en scène dégraissée de tout superflu réussit à retranscrire avec vigueur la quintessence d’une bataille.
Ce qui donc, pour un blockbuster dont je n'attendais rien, fait tout de même quelques petites choses à retenir ; suffisamment en tout cas pour le défendre un peu quand tout le monde s’amusera à le railler.