1.8.04

I, Robot

(d'Alex Proyas)

...et là, en plein milieu d'un intense brainstorming, un des producteurs se leva et s'écria : "et si pour une fois, au lieu de piller l'oeuvre de Philip K. Dick, on n’adaptait pas plutôt une nouvelle d'Asimov ??". Waouh, riche idée mais soyons honnêtes, le nom du pape de la robotique est plus un argument de vente qu’un vrai catalyseur d’idées pour un blockbuster estival correct, jamais désagréable, mais pas plus. L'intrigue de base parle d’elle-même, scénario policier teinté de SF, plutôt que l'inverse : soit l'enquête du détective Spooner (Smith) sur le suicide (ou le meurtre ?) d'un homme qu'il connaissait, un chercheur en robotique, à la veille du lancement d'un nouveau modèle, le NS-5.
Film-véhicule développé tout à la gloire de son acteur vedette (aussi producteur exécutif), I, Robot se situe un peu au-dessus de la moyenne mais n'est finalement rien d'autre qu'une série B à gros budget, ce qui définit autant son efficacité que ses limites. Une absence de prétention qui l'empêche de trop se planter comme d'autres avant lui (le navrant AI de Spielberg ?), fait ce qu'on lui demande, c’est à dire divertir avec application, mais oublie de creuser ses bonnes idées. L'intrigue du film n'a rien de très original (une enquête bien mollassonne) et on a l'impression d'avoir déjà vu 100 fois ce genre de conclusion. Tout du long, on aura droit à quelques embryons de réflexions sur les Trois Lois de la robotique (en gros, un robot ne peut pas tuer un humain, à moins que...), sur l'âme hypothétique des robots et leur libre-arbitre (d'où le plus beau personnage du film, Sonny, robot au comportement humain) et la méfiance du héros envers ces ouvre-boîtes. Etrangement, le film passe à côté d'un point intéressant : Spooner, qui ne fait pas confiance au robot mais leur doit la vie, est lui-même bénéficiaire d'une reconstruction cybernétique du bras gauche. Au lieu d'exploiter les questions morales que cela implique pour son héros (moi, robot ?), cet aspect du personnage ne sert en fait qu’à 2-3 démonstrations de force spectaculaires. Un peu maigre... Par contre, si on pouvait craindre l'erreur de casting, Will Smith ne s'en sort pas trop mal, malgré quelques punchlines bidons et son bonnet ridicule, bien entouré par d’éternels seconds rôles qu’il est toujours bon de revoir (James Cromwell, Chi McBride et Bruce Greenwood).
Si le film mériterait bien un châtiment cruel pour cette publicité intempestive et indigeste (spot géant pour Audi et Converse), il faut lui reconnaître une esthétique soignée qui, sans être très originale (prions pour la fin prochaine de cette lumière bleutée et froide, archi-éculée), pose avec crédibilité l’ambiance d’un Chicago de 2035, avec immeubles et robots assez bien représentés pour y croire. Dans cet ensemble très fluide, certaines scènes sortent avantageusement du lot (le début du soulèvement des robots, la bataille entre anciens et nouveaux modèles dans la zone industrielle), les séquences d'actions sont efficaces pour la plupart et une en particulier, une course-poursuite sous un tunnel avec violente attaque de NS-5, virevoltante et ultrarapide, donnant une impression de jeu vidéo. Bien entendu, comme souvent dans ce genre de film, c'est dans le final que les coutures sautent et que l’intérêt s’étiole : intrigue qui se conclut péniblement, mise en scène qui abuse des ralentis/accélérés et autres plans-toupies...
L'ultime séquence très réussie, image poétique trop rare et marquante, nourrit pas mal de regret sur ce qu'aurait pu être le film, avec plus d'ampleur, un peu plus d'ambition. Ce qui est d’autant plus dommage venant de la part du réalisateur qui avait signé l'impressionnant Dark City ; le film qui imposera donc définitivement Alex Proyas est encore à faire.