Hellboy
(de Guillermo Del Toro)
Adaptation du comic book du grand Mike Mignola, Hellboy n'est pas le chef d'oeuvre attendu ou annoncé, juste un blockbuster de très haute tenue, animé par un savoir-faire qui devient rare, un artisanat soigné qui exsude la passion du cinéma à chaque plan : visuellement splendide, l’univers plein d’imagination de la bd prend vie sur pellicule en gardant son originalité, creuset fantastique et gothique d’où semble pouvoir naître toutes les folies sans paraître ridicule le moins du monde. Action, fantastique, humour (avec un poil trop de punchlines de la part du héros tout de même), Hellboy brasse tous les genres, puise dans diverses sources mais le résultat est suffisamment personnel et singulier être un objet à part.
L'affection de Del Toro pour ses personnages est évidente et visible à chaque scène, surtout sa fascination pour Hellboy, héros bourru au grand coeur (d’ailleurs le personnage volontairement fade de John Myers n’est là que pour le mettre en valeur). Son film ne semble être qu'une entreprise de réhabilitation des monstres, exposant leur tendresse et leur complexité : les relations difficiles d'Hellboy avec son "père" ou son amour pour Liz ; le frêle et fidèle Abe Sapien (qu'on aurait voulu voir un peu plus), tout de suite attachant ; Liz, dont le pouvoir pyromane est présenté plus comme une malédiction que comme un don (message personnel : Selma Blair, je t'aime). La préoccupation principale de Del Toro est de leur donner de la substance, d'exhumer leur part d'humanité sous leur apparence de freaks. Logiquement par effet de miroir, le méchant Raspoutine a une apparence humaine mais dissimule littéralement un vrai monstre à l'intérieur. Le procédé est bateau mais fonctionne, puisque ce sont avant tout les personnages qui servent de point d'appui à la narration.
Mais là réside la principale réserve que l’on pourrait émettre à propos du film : en contrepartie de cette caractérisation, l'intrigue est un peu molle et linéaire (Raspoutine et ses collègues SS veulent provoquer le chaos en appelant des monstres d’un autre dimension, Hellboy et ses collègues du BPDR les en empêchent, et c’est quasiment tout) ; les vilains manquent de poids et d’un point de vue dramaturgique, l'histoire manque d’épaisseur et de résonances fortes chez les héros (la mort du docteur Broom, oubliée au bout de 5 minutes, un comble). Les scènes d'action qui émaillent généreusement le film sont toutes réussies et endiablés (oh oh) mais Del Toro n'arrive pas à les transformer en moments de bravoures inoubliables, aucune ne sort vraiment du lot (la meilleure séquence du film restant pour moi l’impressionnant prologue pendant la seconde guerre mondiale).
On sait aussi que Del Toro a réalisé l'ébouriffant Blade II (perle fantastique à réévaluer) pour convaincre les producteurs de lui confier Hellboy. Il est étrange de voir à l'arrivée à quel point les 2 films se ressemblent : même photo, même gamme de couleurs, certains décors similaires, nombreux point communs entre leurs héros respectifs à la nature ambivalente, et scène finale identique (un baiser "enflammé" et poétique mais moins beau ici). Du coup il y a comme une redite. D'autant qu'Hellboy a beau être plus personnel, il est moins réussi, moins libéré, sans la force centrifuge qui permettait à Blade II de décoller à chaque impulsion. Hellboy lui, contraint par les règles de l'introduction ressent encore un peu trop la gravité. Mais toutes les qualités présentes ici laissent à penser que pour le futur Hellboy 2, toutes ces réserves disparaîtront et que le plaisir sera total.
Adaptation du comic book du grand Mike Mignola, Hellboy n'est pas le chef d'oeuvre attendu ou annoncé, juste un blockbuster de très haute tenue, animé par un savoir-faire qui devient rare, un artisanat soigné qui exsude la passion du cinéma à chaque plan : visuellement splendide, l’univers plein d’imagination de la bd prend vie sur pellicule en gardant son originalité, creuset fantastique et gothique d’où semble pouvoir naître toutes les folies sans paraître ridicule le moins du monde. Action, fantastique, humour (avec un poil trop de punchlines de la part du héros tout de même), Hellboy brasse tous les genres, puise dans diverses sources mais le résultat est suffisamment personnel et singulier être un objet à part.
L'affection de Del Toro pour ses personnages est évidente et visible à chaque scène, surtout sa fascination pour Hellboy, héros bourru au grand coeur (d’ailleurs le personnage volontairement fade de John Myers n’est là que pour le mettre en valeur). Son film ne semble être qu'une entreprise de réhabilitation des monstres, exposant leur tendresse et leur complexité : les relations difficiles d'Hellboy avec son "père" ou son amour pour Liz ; le frêle et fidèle Abe Sapien (qu'on aurait voulu voir un peu plus), tout de suite attachant ; Liz, dont le pouvoir pyromane est présenté plus comme une malédiction que comme un don (message personnel : Selma Blair, je t'aime). La préoccupation principale de Del Toro est de leur donner de la substance, d'exhumer leur part d'humanité sous leur apparence de freaks. Logiquement par effet de miroir, le méchant Raspoutine a une apparence humaine mais dissimule littéralement un vrai monstre à l'intérieur. Le procédé est bateau mais fonctionne, puisque ce sont avant tout les personnages qui servent de point d'appui à la narration.
Mais là réside la principale réserve que l’on pourrait émettre à propos du film : en contrepartie de cette caractérisation, l'intrigue est un peu molle et linéaire (Raspoutine et ses collègues SS veulent provoquer le chaos en appelant des monstres d’un autre dimension, Hellboy et ses collègues du BPDR les en empêchent, et c’est quasiment tout) ; les vilains manquent de poids et d’un point de vue dramaturgique, l'histoire manque d’épaisseur et de résonances fortes chez les héros (la mort du docteur Broom, oubliée au bout de 5 minutes, un comble). Les scènes d'action qui émaillent généreusement le film sont toutes réussies et endiablés (oh oh) mais Del Toro n'arrive pas à les transformer en moments de bravoures inoubliables, aucune ne sort vraiment du lot (la meilleure séquence du film restant pour moi l’impressionnant prologue pendant la seconde guerre mondiale).
On sait aussi que Del Toro a réalisé l'ébouriffant Blade II (perle fantastique à réévaluer) pour convaincre les producteurs de lui confier Hellboy. Il est étrange de voir à l'arrivée à quel point les 2 films se ressemblent : même photo, même gamme de couleurs, certains décors similaires, nombreux point communs entre leurs héros respectifs à la nature ambivalente, et scène finale identique (un baiser "enflammé" et poétique mais moins beau ici). Du coup il y a comme une redite. D'autant qu'Hellboy a beau être plus personnel, il est moins réussi, moins libéré, sans la force centrifuge qui permettait à Blade II de décoller à chaque impulsion. Hellboy lui, contraint par les règles de l'introduction ressent encore un peu trop la gravité. Mais toutes les qualités présentes ici laissent à penser que pour le futur Hellboy 2, toutes ces réserves disparaîtront et que le plaisir sera total.
