5.7.04

Shrek 2

(De Andrew Adamson, Kelly Asbury et Conrad Vernon)

Par souci d'honnêteté, il conviendrait d'abord que je dise que Shrek, premier du nom, ne m'avait que moyennement bouleversé, trouvant ça gentillet tout au plus. Problème : même en abaissant le niveau des mes espérances pour Shrek 2, la déception est là. C'est dire la faiblesse du film.
Alors oui, techniquement c'est impeccable, les textures sont même incroyables, c’est du beau boulot. Mais ce n'est pas un argument recevable pour vanter la qualité du film vu que 90% des films d'animation de nos jours sont techniquement irréprochables.
Non, en fait, là où ça coince, c'est au niveau du scénario. J'aurai bien raconté l'histoire mais comme il n'y en a pas, ça va être compliqué. Il a tout juste un embryon d'intrigue : Shrek et Fiona, jeunes mariés, partent rencontrer les parents de celle-ci. Evidemment ça se passe mal, il y a une méchante fée (personnage insupportable) et un Prince Charmant arriviste qui foutent le bordel, et Shrek devra se faire accepter (et s'accepter tout court) malgré sa nature, blablabla... bon en fait, on s'en fout, même en le racontant de mémoire, c’est niais. Les péripéties sont molles et poussives, le tout est noyé sous des litres de bons sentiments mielleux et de chantilly écœurante. Pendant 1h30, Shrek et Fiona s'embrassent et disent à quel point ils sont amoureux, blablabla... sur fond de rock calibré pour les college radios US (sauf exceptions : Tow Waits, Nick Cave et Joseph Arthur (pendant que je dormais)). Difficile d'être scotché par un film qui développe aussi peu de fond, sensiblement formaté pour plaire au plus grand nombre (apparemment ça marche, je me sens un peu en minorité négligeable sur le coup).
Quant à la soi-disant ironie ou subversion de l'humour de Shrek, c’est un peu exagéré d’après moi. La charge reste très bon enfant mais les gags semblent peser maintenant 4 tonnes et les parodies deviennent trop prévisibles. Deux moments marquent plus que la moyenne : la parodie de l'émission Cops (transformé en Knights) et le pastiche de Mission : Impossible. Les nouveaux personnages sont quasiment tous inintéressants si ce n'est le Chat Potté, sympa mais pas assez exploité, qui se fait même voler la vedette en deux scènes par le petit bonhomme en pain d'épice (hilarant avec son détournement du "It's alive !! Aliiiiive" du Frankenstein de James Whale).
Là, je me rends compte que je suis peut-être un peu méchant avec le film. Alors j’admets que de bonne humeur, on peut trouver ça rigolo mais ça se regarde sans aucune passion et ça s’oublie presque aussitôt, il n’y a pas de quoi sauter de joie. Et ce qui pénalise grandement le film, c’est cette mièvrerie trop collante, tout droit hérité du pire des Disney. Car sous ses airs du mec à la cool qui péte dans la boue, Shrek est en fait un vrai conformiste qui ne rêve que de rentrer dans le rang en vivant tranquille avec sa femme dans sa cabane au fond des bois. Sauf accident, dans les futurs Shrek 3 et 4 (déjà en préparation), on nous chantera sans doute les louanges de la paternité et des pavillons de banlieue avec monospace et sièges bébés, animal de compagnie et barbecue. Palpitant.

(le message subliminal de ce post est : revoyez plutôt le Monde de Nemo. Ou n'importe quel Miyazaki).